Observateurs
 
La question du harcèlement sexuel en Egypte a été remis sur le devant de la scène par le dernier film de Mohamed Diab, "Les femmes du 678", qui vient d'être projeté au festival de Cannes. Le long-métrage raconte l’histoire de trois femmes égyptiennes confrontées quotidiennement au harcèlement sexuel dans les bus du Caire.
 
Ma camarade Jihad et moi avons pris les transports en commun cairotes pour interroger les usagers sur cette question sensible. Est-ce que la harcèlement sexuel est un problème aussi grave que le montre le film ?
 
Bande-annonce du film "678".
 
Premier micro-trottoir au niveau du carrefour d’Abdel Moneim Riad, un des arrêts de bus les plus fréquentés de la capitale. Nous montons dans un des bus avec l’espoir d’aborder le sujet avec les passagères, mais la plupart d’entre elles ont refusé d’en parler. Une seule a accepté de le faire sous couvert d’anonymat.
 
"Je suis constamment exposée au harcèlement sexuel. Pas un seul endroit sans que je me fasse harcelée. C’est quelque chose que toutes les filles et les femmes au Caire vivent, peu importe qu’elles soient jolies, bien habillées ou pas. L’important pour les auteurs, c’est juste de passer à l’acte".
 
Pour Mahmoud, conducteur de bus que nous avons rencontré quelques minutes plus tard, le harcèlement est uniquement dû à la manière dont certaines jeunes filles s’habillent. D’ailleurs, il avoue ne pas hésiter à draguer ses clientes :
 
"Draguer dans le bus ? bien sûr que je le fais ! Entre nous, qu’attend une fille lorsqu’elle sort dans la rue et qu’elle s’habille avec des vêtements serrés ?
 
 Bus numéro 154. Nous interrogeons le contrôleur de billet, Mahmoud :
 
 
"Un jour, alors que le bus était bondé, deux filles sont montées. L''une portait une chemise très près du corps. Un des jeunes passagers a commencé à se frotter à elle. Elle s’est alors mise à crier très fort. Évidemment, je suis intervenu pour calmer la situation. J’ai alors laissé ma place à la jeune fille et ai demandé au jeune passager de descendre."
 
Pour la majorité des passagers rencontrés, ces comportements sont d’abord le résultat d’une mauvaise éducation et des nouvelles modes vestimentaires des jeunes filles "provocantes et qui incitent au harcèlement " selon certains.
 
"C’est quasiment un sujet de morale. Si les auteurs de ces actes se disaient que cela pourrait également arriver à leurs propres sœurs ou leurs mères, il ne se le permettraient même pas ", juge Mohamed Salem, un passager.
 
 
Comment réagir alors ? Tous ne sont pas du même avis. Pour certains, les femmes doivent se défendre ; pour d’autres comme Laila, une adolescente de 17 ans, le rapport de force ne le leur permet pas.
 
Au terminus, une jeune fille attendait son bus, seule. Elle nous a raconté l’incident dont elle a été victime il y a quelques jours.
 
"Un jeune homme m’a un jour insultée de manière très grossière. Pensez-vous vraiment que je puisse faire quoi que ce soit face à un homme ? Je vis ça depuis que j’ai 12 ans. Cette question du harcèlement est aussi vieille que notre pays !"
 
 
 
 
Quelques minutes plus tard, nous avons rencontré une jeune fille qui symbolise à elle seule tous les reproches faits à certaines sur leurs tenues vestimentaires. Pour elle, il en va de sa liberté individuelle.
 
 
"Je continuerai à m’habiller comme je veux. En réalité, je suis presque plus gênée pour eux. Au début, lorsqu’on me harcelait, je préférais ne pas réagir mais aujourd’hui, j’estime que c’est mon rôle de le faire".