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Le TGV est vraiment très cher. On peut avoir, pour le même prix des écoles, des médiathèques et des hôpitaux." Pancarte d'une manifestante pendant la manfestation du dimanche 20 mai.
 
Depuis plusieurs mois, le collectif "Stop TGV" demande l’arrêt immédiat du chantier de train à grande vitesse reliant Tanger à Casablanca, estimant qu’il n’est pas prioritaire "dans un pays pauvre comme le Maroc". Dimanche 20 mai, les opposants au projet ont battu le pavé pour crier leur colère dans une vingtaine de villes du royaume. L’un d’entre eux témoigne…
D’ici à la fin 2015, un TGV devrait relier Casablanca et Tanger, les deux grands pôles économiques du Maroc, en 2h10 au lieu de 4h45 actuellement. Mais le projet, lancé en septembre 2011, est fortement critiqué par plusieurs associations marocaines réunies sous la bannière "Stop TGV ". Le collectif dénonce notamment le coût de l’opération, qui s’élève à 25 milliards de dirhams, soit environ 2,5 milliards d’euros.  Une somme astronomique aux yeux des militants, dans un pays classé 130e selon l’indice mondial du développement humain et où de très nombreuses régions ne sont pas encore desservies par le rail classique.
 
Manifestation à Rabat, la capitale, pour réclamer l'arrêt du projet de TGV. Photo publiée sur Facebook par Hicham Belkouch
 
Les détracteurs du projet regrettent par ailleurs que ce dernier ait été adopté sans consultation préalable de la population et sans appel d’offres. C’est la société française Alstom qui, de fait, a obtenu la construction des 14 rames du TGV. Le projet sera financé sous forme de prêts à hauteur de 60 % par la France et plusieurs pays du Golfe.
 
L’office national des chemins de fer (ONCF), pour qui la ligne existante entre les deux villes est arrivée à saturation, table sur une clientèle de six millions de personnes par an, contre 3,5 millions à l’heure actuelle et de fortes retombées économiques notamment à travers la création d’emplois.
 
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"Avec 2,5 milliards d’euros, on peut construire 16 000 kilomètres de routes rurales, 25 000 écoles, 16 000 bibliothèques et 25 centres universitaires hospitaliers"

Alae Bennani est membre du collectif  "Stop TGV" et vit à Casablanca. Il était dimanche dans les rues de Rabat pour manifester.
 
Nous étions quelque 300 manifestants à défiler dimanche 20 mai sur l’avenue Hassan II à Rabat [RFI fait état de 500 manifestants au total dans la vingtaine de ville participantes]. En dehors de "Stop TGV", d’autres mouvements de la société civile ont participé à cette marche pacifique. [Des militants du mouvement contestataire du 20 février étaient présents dans certains cortèges]. Les gens scandaient "J’aime mon territoire, je dis non au TGV", "Le Marzen [le pouvoir marocain] est un tyran, il veut nous imposer son TGV" ou encore "Rendez au peuple les milliards volés".
 
Depuis septembre 2011 et le lancement des travaux, c’est la première fois qu’un rassemblement de ce type a lieu. Pour faire passer notre message, nous nous contentions jusqu’alors de distribuer des tracts ou d’organiser des sit-in et des conférences. Mais comme le temps passe et que rien ne bouge, il fallait une mobilisation plus forte, plus visible. Les réseaux sociaux ont fortement contribué à l’organisation de ces rassemblements. Les manifestations se sont déroulées dans le calme, il n’y a eu ni débordements ni intervention musclée des forces de l’ordre.
 
 Drapeau brandi par un manifestant à Rabat. Photo publiée sur Facebook par Hicham Belkouch
 
Ce projet de TGV est indécent et une gabegie considérable. Dans les zones rurales, mais aussi dans certaines zones urbaines, les enfants ne vont pas à l’école notamment en raison de l’absence de transports. Les comptables du collectif ont calculé qu’avec 2,5 milliards d’euros, on pouvait construire16 000 kilomètres de routes rurales, 25 000 écoles, 16 000 bibliothèques et 25 centres universitaires hospitaliers – une grande ville comme Agadir n’en compte pas un seul. Ces dépenses excessives vont hypothéquer l’avenir financier du pays pour des années. On peut toujours se féliciter de l’impact économique d’un tel projet mais les sommes folles injectées sont intolérables.
 
Un manifestant porte une pancarte avec un message anti-TGV. Photo publiée sur Facebook par Hicham Belkouch
 
De plus, en ne convoquant pas de référendum, les autorités ont failli dans leur tâche. C’est un dispositif de grande ampleur qui a été adopté de façon arbitraire et qui profitera aux plus riches, soit une poignée de Marocains.