Observateurs
Capture de vidéo montrant une chambre d'étudiant mise à sac. 
 
Dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces de sécurité syriennes ont lancé un raid sur l’université d’Alep, où des centaines d’étudiants manifestaient contre le régime de Bachar al-Assad. Très vite, l’intervention s’est transformée en une terrifiante chasse à l’homme. Notre Observateur est parvenu à prendre la fuite, après avoir vu des jeunes sauter par la fenêtre pour éviter les tirs.
 
Depuis le début de la contestation en mars 2011, la ville d’Alep, poumon économique de la Syrie située dans le nord-ouest du pays, a été relativement épargnée par la vague de contestation anti-régime, à l’exception du campus universitaire qui accueille des dizaines de milliers d’étudiants et où des manifestations d’opposition sont organisées de temps en temps depuis un an.
 
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, quatre étudiants ont été tués et près de 200 autres arrêtés au cours de l’assaut des forces de sécurité.
 
Vidéo filmée depuis le bâtiment situé en face de l'université. 

"Ils ont déshabillé des jeunes et les ont humiliés alors qu'ils les avaient contraints de s'allonger par terre"

Abo Taim (pseudonyme), 22 ans, est étudiant en sciences de l’éducation. Il est originaire de la ville d’Idleb, dans le nord-ouest du pays.
 
Nous étions tous rassemblés au niveau du foyer du campus et scandions des slogans anti-gouvernement quand les forces de l’ordre ont débarqué, vers 22 heures. Elles ont commencé à nous bombarder de gaz lacrymogène. Tout le monde s’est mis à courir dans tous les sens. Certains étudiants se sont évanouis. Avec d’autres camarades, nous avons réussi à nous réfugier à l’intérieur d’un des bâtiments. On s’est caché un moment dans les escaliers de service. Le reste du temps, dès qu’on voyait une fenêtre, on balançait tout ce qu’on trouvait comme projectiles sur les forces de l’ordre qui étaient dans la cour.
 
Vidéo de l'intérieur d'un bâtiment où logent les étudiants, le lendemain de l'assaut. 
 
Après une dizaine de minute, dix cars de police et des pick-up de l’armée sont arrivés en renfort. Ils sont entrés dans les bâtiments et nous ont poursuivis à travers les couloirs. C’était une scène inimaginable. Ils nous tiraient dessus, visaient les portes et l’intérieur des chambres. Des jeunes ont été arrêtés et emmenés. On ne sait pas où ils se trouvent actuellement. Dans les étages, certains sautaient par les fenêtres pour échapper aux balles. Un étudiant a même été égorgé par un "Shabiha" [milicien pro-régime] et balancé par la fenêtre. Plusieurs de ces miliciens en civil étaient par ailleurs postés à la sortie de l’université pour arrêter ceux qui tentaient de fuir.
 
Deuxième vidéo de l'intérieur d'un bâtiment où logent les étudiants, le lendemain de l'assaut.
 
 
Puis j’ai vu les forces de l’ordre humilier quinze jeunes qu’elles avaient attrapés. Elles les ont déshabillés et forcés à s’allonger par terre, puis les ont insultés tout en leur donnant des coups de pied à la tête. Les étudiants ont finalement été relâchés et ont pu quitter le campus, mais complètement nus.
 
Vers 1h30 du matin, j’ai pu m’enfuir en escaladant une grille. J’ai couru pendant dix minutes et me suis réfugié dans un jardin public de la ville. Je suis retourné le lendemain à l’université. Ma chambre et mes affaires avaient été mises à sac et incendiées, comme dans la plupart des dortoirs. Aujourd’hui, je loge avec cinq amis dans un petit appartement loué par des gens qui veulent nous aider. Mais tout le monde n’a pas cette chance. Il y a des dizaines d’étudiants qui errent dans les rues d’Alep et qui squattent dans les parcs, parce qu’ils n’ont nulle part où aller.
 
 
 
 
Vidéo de l'extérieur de l'université, le lendemain de l'assaut.