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Lors de leur expulsion d'Italie vers la Tunisie sur un vol Alitalia, deux Algériens ont été bâillonnés avec du ruban adhésif, les bras ligotés dans le dos par des attaches en plastique. Révolté par cette pratique, mais aussi par la passivité des autres voyageurs, un passager de l’avion a photographié la scène et diffusé les images sur Internet.

Les deux Algériens sont partis dimanche de Tunis sur un vol direct à destination d'Istanbul. Profitant d’une escale technique imprévue à Rome, ils sont sortis de la zone d'embarquement et auraient ensuite refusé de rembarquer pour la Turquie. Selon des sources policières, la décision de les bâillonner aurait été prise après qu'ils eurent tenté de se blesser à la bouche pour éviter d'embarquer.

Depuis qu’elle a été postée sur les réseaux sociaux, la photo prise par Francesco Sperandeo, un jeune cinéaste italien, a été reprise par tous les médias nationaux et commentée par de nombreux politiques. Le président de la Chambre des députés, Gianfranco Fini, a demandé au gouvernement de Mario Monti de rendre compte dans les plus brefs délais de ce qui s'est passé. La présidente du Parti démocrate (centre gauche), Rosy Bindi, a, quant à elle, qualifié ces clichés d’"images de la honte".

Quand Francesco Sperandeo s’est adressé aux deux policiers qui accompagnaient les deux Algériens pour leur demander s’il n’y avait pas un moyen plus humain de procéder, ils ont répondu qu’il s’agissait d’une opération de police normale. Plusieurs cas de rapatriements musclés au départ de l’Italie ont déjà provoqué la colère des organisations de défense des droits de l'Homme, notamment à l'époque du gouvernement de Silvio Berlusconi. Pour autant, Laura Boldrini, la porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) en Italie, affirme qu’elle n’a jamais entendu parler de cas de migrants rapatriés bâillonnés dans leur pays d’origine auparavant.  

Une enquête sur l’incident a été ouverte par  le parquet de Civitavecchia, au nord de Rome.

Notre Observateur, rapatrié de force de Naples à Dakar en 2006, nous raconte comment s’était passé son trajet.
 


 

"Pendant mon rapatriement, j’ai eu le sentiment que les policiers avaient peur que l’on tente de se suicider"

En situation irrégulière sur le territoire italien, Abdallah (pseudonyme) a été rapatrié de Naples vers le Sénégal, en 2006.

Dans l’avion, nous étions avec d’autres Sénégalais en situation irrégulière. Nous avons été menottés pendant tout le temps où nous étions à l’aéroport et jusqu’après le décollage. Certains étaient, dans un sens, soulagés de rentrer et sont restés calmes pendant le trajet. D’autres n’étaient vraiment pas contents parce qu’ils avaient pris des risques pour arriver en Italie et avaient trouvé du travail sur place. Ceux-là ont essayé de s’échapper jusqu’au dernier moment et, pendant le vol, les policiers leur ont attaché les mains entre elles avec des attaches en plastique. Je n’ai en revanche vu aucune personne bâillonnée.

Les policiers ont fait tout le voyage avec nous jusqu’à Dakar. Certains étaient plus sympathiques que d’autres mais il n’y a pas eu de gros soucis, au final. Pendant tout le vol, ils étaient inquiets pour notre sécurité. Ils nous accompagnaient jusqu’aux toilettes. Je pense qu’ils avaient peur que l’on tente de se suicider.