Observateurs
Enfants soldats se réclamant du MNLA, à Gossi, le 6 avril. Photo prise par l'un de nos Observateurs sur place.
 
Plusieurs témoignages circulaient déjà sur la présence d’enfants soldats dans les rangs des milices rebelles qui contrôlent le nord du Mali. Des témoignages que vient appuyer cette photo, envoyée par l'un de nos Observateurs, de jeunes garçons portant armes et treillis dans les rues de Gossi, une commune contrôlée par les rebelles touareg et islamistes.

Gossi, une ville de 25 000 habitants située dans la région de Tombouctou, à 160 km au sud-ouest de Gao, a été prise par les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) la semaine dernière. Des combattants islamistes ont par ailleurs été signalés dans la ville, comme à Kidal, Gao et Tombouctou.

Plusieurs témoignages rapportés par les médias ont fait état, ces derniers jours, de la présence d’enfants soldats (soldats de moins de 18 ans) dans les rangs des combattants rebelles. Un habitant de Tombouctou contacté par RFI a déploré l’absence de gendarmes, affirmant que de "petits enfants" commandaient  la ville.  À Gao, l'un de nos Observateurs nous a également signalé de "très jeunes garçons dans les rangs des Touareg qui sillonnent la ville en pick up".

Après deux mois et demi de combats, le MNLA a proclamé unilatéralement, vendredi matin, l’indépendance de l’Azawad. Une déclaration unanimement condamnée par la communauté internationale.

 

"Les enfants suivent les parents qui ont rejoint la rébellion"

Mohammed Dicko habite à Bamako. Il nous a envoyé cette photo prise par un membre de sa famille à Gossi.

Mon cousin m’a expliqué qu’il y avait une cinquantaine d’enfants soldats dans la zone de Gossi. En peul, on appelle ces enfants les 'fusils au nombril'. Ça faisait plusieurs jours que le bruit courait à Bamako que de jeunes garçons participaient à la rébellion, mais jusqu'à présent, personne n’avait pu nous en apporter la preuve. La photo a été prise vendredi 6 avril dans la rue centrale du marché de Gossi. Mon cousin a voulu en prendre une seconde, mais la personne avec qui il était l’en a empêché, de peur de se faire repérer. On ne sait jamais trop comment des enfants armés peuvent réagir.

Mon cousin m’a expliqué qu’il connaissait deux des jeunes gens qu’il a pris en photo et qu’il savait à quelle fraction [groupes de familles nomades installées près d'un village ou d'un point d'eau] ils appartiennent. Tout le monde se connaît dans la région de Gossi. L’un aurait 13 ans et l’autre 14 ans. Il m’a aussi parlé d’un autre enfant soldat qui avait à peu près l’âge de sa fille, soit une dizaine d’années. Des soldats auraient essayé de lui mettre un treillis mais, comme il était beaucoup trop grand pour lui, ils auraient fini par le laisser en civil.

"Au coin d’une rue, on peut maintenant tomber sur un jeune garçon avec une kalachnikov qui te demande où tu vas"

Beaucoup d’adultes touareg vivant dans la zone ont rejoint les combattants de la rébellion au moment de la prise de leur ville. Les enfants suivent en fait leurs parents ou leurs grands frères lorsqu’ils font des rondes dans la ville. Quand les combattants adultes font une halte dans un domicile réquisitionné, les plus jeunes font le guet à l’extérieur. Au coin d’une rue, on peut maintenant tomber sur un jeune garçon avec une kalachnikov qui te demande où tu vas.

Actuellement, plusieurs groupes font la loi dans la ville de Gossi : des voyous, des membres de la milice arabe et des groupes islamistes et le MNLA. Mon cousin affirme que les jeunes qu’il a pris en photo se revendiquaient du MNLA.
 

 

Réactions du MNLA : "En aucun cas le MNLA n’a organisé ces recrutements"

Pour Moussa Ag Assarid, l'un des porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) à Paris contacté par FRANCE 24, ces garçons ne font pas partie du MNLA puisque "aucun enfant de moins de 18 ans n’a intégré [son] armée". Il estime que "les combattants adultes sont assez nombreux pour atteindre leurs objectifs" et que "ces photos peuvent être des mises en scène destinées à salir l’image du mouvement."

Un colonel qui opère dans la zone de Tombouctou a, toutefois, admis qu’il pouvait y avoir des enfants mineurs parmi les fractions qui ont rejoint le MNLA à Gossi, mais qu’"en aucun cas le MNLA n’avait organisé ces recrutements". Il a ajouté que le mouvement était actuellement en train de stabiliser une à une les zones conquises et que, d’ici à quelques jours, des troupes supplémentaires viendraient rétablir l’ordre à Gossi : "Nous préférons évidemment mettre les enfants dans les écoles", a-t-il conclu.    

Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.