Une vidéo, où l’on voit une grand-mère éthiopienne tabasser sa petite-fille, a déclenché une campagne de mobilisation en ligne. Mais pour mieux protéger les enfants éthiopiens, l’activisme sur Internet peut-il vraiment être efficace ? Notre Observateur en doute.
 
Ces images ont été postées sur YouTube fin mars, mais elles auraient été tournées l’an dernier. On y voit une adulte qui réprimande un enfant, puis le frappe au visage et le malmène. Compte tenu du caractère choquant de ces images, notre équipe a décidé de ne pas les publier. En voici toutefois quelques copies d’écran.
 
 
 
Sur le tee-shirt de l’adulte, il est inscrit "la sécurité des enfants est de la responsabilité de tous pour le nouveau millénaire".
 
Des groupes comme "les Éthiopiens contre les mauvais traitements faits aux enfants" et "arrêtez de maltraiter les enfants en Éthiopie" sont rapidement apparus sur Facebook. Et des rumeurs ont commencé à enfler sur les raisons de cette correction, certains internautes affirmant que la vieille dame avait frappé l’enfant parce qu’elle le pensait possédé par le démon.
 
L’affaire a fait un tel bruit en ligne qu’un homme d’affaires, Ephrem Tesfaye, a proposé, sur une radio locale, une prime de 10 000 birs (430 euros) à quiconque permettrait d’identifier les personnes présentes dans la vidéo. Une offre qui a permis de retrouver l’auteur des images et d’identifier la responsable des sévices : il s’agit d’Halimat Mohammed, la grand-mère de la petite-fille. D’après un journaliste local, Zekarias Sintayehu, cette femme infligeait cette punition parce que l’enfant s’était mal conduit à l’école.
 
L’affaire ne s’est pas cantonnée au Web. La police locale affirme avoir lancé une enquête et que la famille de la petite fille a été contrainte de publier sur Internet une vidéo d’excuses.

"Il y a des problèmes plus importants pour les enfants de mon pays : la faim, le travail forcé, le trafic ou même la prostitution"

Endalk est un blogueur basé à Addis-Abeba. Il enseigne également à l’université d’Arba Minch.
 
Le mauvais traitement envers les enfants est un problème important en Éthiopie. Mais personne n’en parle, sauf lorsqu’on voit ce genre de vidéo. La loi interdit les punitions corporelles, mais elles sont tout de même courantes à la maison et à l’école. On voit même des enfants se faire battre dans la rue, surtout les petits vendeurs ambulants ou les cireurs de chaussure.
 
Je suis pourtant circonspect en ce qui concerne la campagne en ligne qu’a suscitée cette vidéo. Seuls 500 000 personnes ont ici accès à Internet [sur un pays de 82 millions d’habitants]. Et cette affaire a été peu relayée par les médias locaux. La population dans son ensemble n’en a donc pas entendu parler.
 
Les punitions corporelles sont tellement intégrées dans la culture éthiopienne, qu’il faudrait des campagnes de sensibilisation énormes, et de long terme, pour changer les choses. Les gens qui militent sur Facebook et Twitter représentent la partie de la population ‘occidentalisée’. Ils pensent changer la société éthiopienne par l’activisme en ligne. Moi, je pense que ce n’est pas le média approprié pour cela. Et surtout, il y a des problèmes bien plus importants pour les enfants de mon pays : la faim, le travail forcé, le trafic ou même leur prostitution – car c’est de plus en plus courant.