Photo postée sur la page Facebook  A Million Hoodies for Trayvon Martin par Jason Taylor.
 
Il y a un mois, alors qu’il marchait avec un pull à capuche dans les rues de Sanford en Floride, Trayvon Martin, 17 ans, a été abattu par George Zimmerman, un habitant qui le trouvait "suspect". Aujourd’hui, des milliers d’Américains sortent eux aussi leur capuche pour dénoncer le poids des préjugés.

La diffusion il y a deux semaines d’une conversation que George Zimmerman, gardien bénévole dans un quartier privatisé, avait eue avec la police juste avant son acte a provoqué une véritable vague d’indignation dans la population. L’enregistrement révèle que George Zimmerman pensait que Trayvon Martin était un voleur car il rôdait autour des maisons. Selon ses propos, le jeune homme, qu’il décrit comme noir et avec une capuche, était "vraiment suspicieux". La police a demandé à George Zimmerman de laisser le jeune homme mais le gardien a choisi de le suivre. Quelques instants plus tard, il l’abattait.

La police a affirmé plus tard que le jeune homme allait en fait chez le père de sa fiancée après être passé acheter des sucreries dans une épicerie. Il n’était pas armé. L’avocat de George Zimmerman affirme quant à lui que son client a agit en état de légitime défense après que Trayvon Martin l’a attaqué.

Les critiques contre la passivité du département de police de Sanford, qui a relâché George Zimmerman après son interrogatoire, ont poussé le chef du département à démissionner la semaine dernière. Le département de justice a repris en main le dossier et ouvert une enquête sur les circonstances de la mort du jeune homme.
 
La mort de Trayvon Martin a immédiatement été associée par de nombreux commentateurs, à tort ou à raison, au fait qu’il portait ce soir-là une capuche, accessoire très répandu aux Etats-Unis mais associé aux gangsters par certains. Pour le présentateur star de la chaîne Fox News Geraldo Rivera, "la capuche est autant responsable de la mort de ce garçon que George Zimmerman lui-même". Le journaliste a conclu que les parents afro-américains et latinos ne devaient pas faire porter ces vêtements à leurs enfants. Un commentaire qui a soulevé un vent de critique et déclenché des "marches de capuche" dans tout le pays. Même les églises s’y sont mises, des prêtres ayant demandé à leurs fidèles de venir en capuche à la messe du dimanche
 
Le sénateur de l'Etat de New York Eric Adams et un collègue en capuches.
 
La vidéo "Un dimanche en capuche" a été postée par Jonathan Bell sur Vimeo en hommage à Trayvon Martin.

"Quand les medias ont parlé de cette histoire, les gens ont immédiatement demandé 'Que faisait-il ? Que portait-il ?'"

Michael Williams, 26 ans, est étudiant à la faculté de droit Florida State University College of Law. Il préside l’association des étudiants noirs de sa faculté.
 
Quand j’ai entendu parler de cette affaire, je me suis immédiatement rappelé d’une conversation que j’avais eue avec un professeur blanc de mon école. On parlait de "délit de faciès" et je lui avais dit : "Tu as moins de chance de te faire arrêter en portant une capuche que moi en portant un costume cravate". C’est la triste réalité aux Etats-Unis. Et malheureusement pour lui, Trayvon était noir et portait une capuche.
 
Quand les médias ont parlé de cette histoire, les gens ont immédiatement demandé "Que faisait-il ? Que portait-il ?".  Comme si ce que portait un garçon de 17 ans pouvait justifier qu’il se fasse tirer dessus en rentrant chez lui. Il n’y a pas de différence à demander aux victimes de viols si elles portaient une jupe. Les pulls à capuche ce n’est pas cher, c’est chaud et arrêter d’en porter ne résoudra pas le problème. Je comprends que certains parents demandent à leurs enfants de ne pas en porter pour éviter qu’il y ait méprise, mais on devrait s’attaquer à la question des auteurs de ces actes plutôt que de se concentrer sur les victimes.

“Être noir ici, c’est se sentir coupable de ce que l’on porte ou de la musique que l’on écoute”
 
Ce qui m’a brisé le cœur, c’est que Trayvon ressemble beaucoup à mon jeune cousin. Mais tout ça ne m’a pas surpris. J’ai grandi à Orlando, à 15 minutes de là où il a été abattu. Et très tôt, j’ai compris qu’aller dans certains quartiers de la ville pourrait me causer des problèmes. Étant noir, j’étais en soi un problème. Quand je traversais en voiture des quartiers plus chics que le mien, j’avais très souvent droit à un contrôle d’identité. Et c’est comme ça pour tous les jeunes Noirs. On se sent toujours coupable - mes premières réactions quand je suis contrôlé sont toujours : quelle musique j’écoute ? Qu’est-ce que je porte ? C’est plus fort que moi.

"Un grand débat sur les préjugés va être lancé, afin que Trayvon ne soit pas mort en vain"

Personnellement, je peux aller à la fac avec mon pull à capuche et mes baskets Air Jordan et personne ne me voit comme un criminel parce que, étant perçu comme un étudiant en droit, je rentre dans la catégorie des Noirs qui ont le droit de porter une capuche. Mais si je dois aller à la bibliothèque le soir et que j’oublie ma carte d’étudiant, même avec des bouquins sous le bras et mon sac à dos, le libraire me renvoie cette image du grand noir à barbe et refuse de me faire entrer. Ce qui n’arrive jamais à mes amis blancs.

Je trouve que toutes ces "marches de capuches" sont une super initiative mais je ne sais pas combien de temps ça va durer. George Zimmerman est toujours en liberté et la colère monte en puissance. J’espère que les choses ne vont pas dégénérer. Je voudrais qu’il soit arrêté et surtout qu’un grand débat sur le poids des préjugés soit lancé, afin que Trayvon ne soit pas mort en vain. "
 
Vidéo de l'artiste Tyhem Commodore, qui décrit comment il imaginait les derniers moments de Trayvon Martin. Pour ce faire, il utilise le véritable enregistrement de la conversation entre George Zimmerman et la police.
 
"Porter une capuche n'est pas un crime". Une pancarte pendant une des  "Million Hoodie March" ( marche du million de capuches) organisées ces derniers jours aux Etats-Unis. Photo postée sur Yfrog par PhilipDeVon1.
 
Des enfants portent leurs capuches et des bonbons Skittles, les mêmes que ceux que Trayvon Martin était allé acheter avant de se faire tuer. Photo postée sur Instagram par lammanrucker
 
Photo postée sur la page Facebook A Million Hoodies for Trayvon Martin par Sylvia Arnold.
 
Photo postée sur la page Facebook A Million Hoodies for Trayvon Martin par Kathleen Hamilton.
 
Photo postée sur Twitter par Chimira Holyfield.