Les cocktails Molotov, ces bouteilles de liquide inflammable artisanales, sont généralement utilisés par le camp qui n'a pas d'armes. Pas au Bahreïn, où la police s’est mise à imiter les techniques des manifestants.

Sur plusieurs vidéos amateur postées ces derniers mois, des policiers apparaissent en train de jeter des cocktails Molotov sur les manifestants anti-gouvernement. Et la dernière en date fait le tour du Net. On y voit un policier lancer plusieurs bombes lacrymogènes pour disperser des protestataires, avant de changer pour des bombes incendiaires artisanales. Le ministre de l’Intérieur du Bahreïn, qui avait récemment promis de réformer les techniques très controversées utilisées par la police, a fait savoir dimanche sur Twitter qu’il allait faire ouvrir une enquête sur cet incident.
 
À 1'35 le policier à gauche jette un cocktail Molotov.
 
Les défenseurs des droits de l’Homme du royaume sont impatients de voir si cette enquête mènera effectivement à une condamnation du policier présent sur la vidéo. D’autant que la semaine dernière, 28 civils ont été accusés de tentative de meurtre après avoir utilisé des cocktails Molotov contre des policiers. 

Pays à majorité chiite (environ 75 % de la population), le Bahreïn est une monarchie exclusivement gouvernée par des sunnites. Depuis février 2011, des membres de la communauté chiite, qui s’estiment victimes de discrimination, descendent régulièrement dans la rue pour demander une réforme constitutionnelle. Lors de ces manifestations, ils bloquent les rues, brûlent parfois des véhicules et n'hésitent pas à utiliser des cocktails Molotov contre la police.
 
 

"Les forces de l’ordre ont déjà à leur disposition des gaz lacrymogènes et des armes à balles en caoutchouc"

Mohammed al-Maskati est président du groupe de défense des droits de l’Homme du Bahreïn BYSHR.

Cela fait six mois que des gens nous envoient des vidéos dans lesquelles des policiers utilisent des cocktails Molotov. C'est une aberration. Les forces de l’ordre ne sont pas des gangs de hooligans. Et elles ont déjà à leur disposition des gaz lacrymogènes et des armes à balles en caoutchouc. C'est pour moi révélateur du sentiment d'impunité de la police.

Le ministre de l’Intérieur ne donnera pas les noms des policiers faisant l’objet d’une enquête. Donc on ne saura peut-être jamais si cette enquête a bien eu lieu et si le policier a été puni. J’ai le sentiment que cette annonce tient plus de la propagande et que rien ne va être fait.
 
Vidéo filmée à Ma'ameer le 16 mars.
 
Vidéo filmée le 12 février à Tubli. Des manifestants jettent des cocktails Molotov aux policiers. Un policier en ramasse un sur le sol et le renvoie dans la direction des manifestants à 1'8min.