Observateurs
 
Le message de cette vidéo est simple : les femmes doivent pouvoir disposer de leur corps comme elles l'entendent. Pour être certaines qu’il soit bien compris, ces sept Iraniennes ont enlevé le haut.

Chacune raconte tour à tour, face caméra, pourquoi elle a décidé de poser nue : "Ma nudité est un 'Non' à la lapidation", "Pour celles qui voudraient le faire mais ne peuvent pas", ou encore "Et pourquoi pas ?", expliquent-elles.
 
 
Vidéo du projet  "Nude Photo Revolutionnary" publiée sur YouTube par Reza Moradi.
 
Le groupe prend le relais d’Alia al-Mahdi, une jeune activiste égyptienne qui, en novembre, avait posté une photo d’elle nue sur son blog au nom de la liberté d’expression. La démarche avait alors fait l’objet de nombreuses critiques. Les participantes disent aussi s’être inspirées de  Golshifteh Farahani, une actrice iranienne exilée à Paris qui a posé seins nus dans une vidéo annonçant les révélations du cinéma français de 2012.

Se dénuder pour défendre la cause des femmes est une technique de communication récurrente chez les féministes. Un groupe de militantes ukrainiennes s’est d’ailleurs fait connaître par ses happenings "topless". Une stratégie à chaque fois aussi médiatisée que critiquée, certains commentateurs ne comprenant pas comment montrer sa poitrine permettrait de faire avancer le droit des femmes.

Le mouvement "Nude Photo Revolutionnary" va, lui, encore plus loin puisque cette courte vidéo n’est autre que la promotion d’un projet encore plus osé, un calendrier de photos sur lesquelles des femmes du monde entier posent, cette fois-ci, entièrement nues. Un calendrier qui se veut un "cri contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie" et dont tous les bénéfices seront reversés à des associations de défense des droits de la femme.
 

"Ce qui est pornographique, ce sont les lois islamiques qui font de la femme un objet sexuel"

Elia Tabesh, 30 ans, a posé sur cette vidéo. Iranienne, elle est réfugiée politique à Stockholm où elle étudie le suédois.

J’ai quitté l’Iran il y a trois ans. À l’université, j’étais engagée dans un mouvement de gauche qui se battait pour les droits de l’Homme. Mais comme les activistes sont en permanence réprimés par les autorités, à un moment donné, je ne me suis plus sentie en sécurité. Par ailleurs, je ne supportais plus de vivre dans un pays islamique. Où que vous alliez - à l’école, au restaurant, etc. -, vous êtes traitée comme un citoyen de seconde zone. On vous dit quoi porter et quoi ne pas porter. La société entière vous voit comme un objet sexuel. Le gouvernement contrôle jusqu’à notre vie sexuelle. Avoir des relations en dehors du mariage vous fait prendre le risque d'être lapidée et vous pouvez être punie si vous refusez d’avoir des relations sexuelles avec votre mari.

"Les femmes comprennent ce type d’action bien mieux que les hommes"

Pour toutes ces raisons, je n’ai pas hésité une seconde quand j’ai été contactée pour faire cette vidéo. C’est la moindre des choses si je veux faire progresser le droit des femmes. Nous avons fait cela pour celles qui voudraient pouvoir disposer de leur corps mais ne le peuvent pas à cause des lois islamiques et des politiques sexistes.

Évidemment, les réactions ont été très mitigées mais, dans l’ensemble, les femmes comprennent ce type d’action bien mieux que les hommes. Certains appellent cela de la pornographie. Pour moi, ce sont les lois islamiques définissant la femme comme un objet sexuel qui sont pornographiques."