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Les travailleurs migrants devant le ministère de l'Éducation le 23 février. Photo postée sur  Weibo.
 
En Chine, le "hukou", le livret d’enregistrement de résidence, est à la fois un droit imprescriptible quand vous souhaitez rester dans votre ville de naissance et un obstacle insurmontable quand vous souhaitez vous installer ailleurs. Ce système détermine tout, des endroits où vous pouvez vivre aux services publics auxquels vous avez droit. Et dans une économie qui s’appuie principalement sur 200 millions de travailleurs migrants, beaucoup sont exaspérés par une réglementation qui entrave, entre autres, l’accès à l’éducation de leurs enfants.

Selon le système chinois de "hukou", mis en place en 1958 afin de contrôler les flux migratoires dans le pays, tous les citoyens doivent s’enregistrer auprès de l’État chinois comme habitants d’un lieu précis. Ce système crée de fait une sorte de structure de citoyenneté interne. Et alors qu’un habitant peut jouir de tous ses droits là où il a enregistré son "hukou", ces mêmes droits sont limités, voire obsolètes, dès lors qu’il vient à changer de ville, par exemple pour travailler. Et dans la situation où un enfant de travailleurs migrants naîtrait dans la ville où ont migré ses parents, son "hukou" reste lié à celui de ces derniers et quasiment impossible à modifier.

C’est ce système jugé discriminatoire que des centaines de travailleurs migrants ont dénoncé jeudi dernier en manifestant devant le ministère de l’Éducation à Pékin pour demander un accès équitable à l’éducation. En effet, les enfants des millions de travailleurs migrants installés dans la capitale depuis des années n’ont pas le droit d’y passer les examens d’entrée à l’université ("gaokao"), faute de "hukou". Considérés comme "étrangers" à la ville, il ne leur reste qu’une option : rentrer dans leur ville d’origine, parfois à des milliers de kilomètres de là, pour tenter d’intégrer des universités qui acceptent, en général, beaucoup moins d’étudiants.

Des parents, travailleurs migrants installés à Pékin, viennent demander un accès équitable à l'éducation pour leurs enfants. Photo postée sur Weibo.
 
Photo postée sur Weibo.
 
Pour les détracteurs du système du "hukou", l'accès à l'éducation est l'un des nombreux exemples de la discrimination dont sont victimes les populations de travailleurs migrants, des discriminations qui les abaissent au statut de citoyens de seconde zone.
 
En septembre 2011, les autorités de Pékin avaient déjà fermé subitement une vingtaine d’écoles fréquentées uniquement par les enfants de travailleurs migrants, une décision qui avait affecté plus de 14 000 écoliers dans toute la ville.

"Ce problème de 'hukou' détermine toute ma vie"

 Mr Liu, 50 ans, est un travailleur migrant qui s’est installé à Pékin avec sa famille.

Je travaille à Pékin depuis environ sept ans, mais je suis originaire de Mongolie intérieure donc mon "hukou" est enregistré là-bas. Et j’ai beau avoir un travail stable et un prêt qui me permet de payer ma maison ici, je ne peux prétendre à un changement de "hukou". Je pense que même si je devais me battre toute ma vie, je ne l’obtiendrai jamais. J’ai une fille de 15 ans. Elle est actuellement dans une école de Pékin, mais rapidement elle va devoir aller au lycée et se préparer pour entrer à l’université. Mais nous savons qu’elle n’aura pas le droit de passer cet examen d’entrée à Pékin car nous n’avons pas le bon "hukou".

Ce problème de "hukou" détermine toute ma vie. Si nous la renvoyons dans notre ville d’origine, nous ne pourrons plus nous occuper d’elle. Par ailleurs, le système d’examen est différent là-bas. Et je pense qu’il lui sera très difficile de s’adapter à ce nouvel environnement éducatif. Mais qu’on le veuille ou non, tout son futur est entièrement lié à cet examen. Donc l’autre option, c’est que nous rentrions tous ensemble et par conséquent que je perde mon travail.

"C’est la 21e fois que les parents présentent une pétition au ministre de l’Éducation"

J’étais parmi le groupe de parents qui est allé présenter une pétition jeudi dernier au ministère de l’Éducation. Il y avait des véhicules de police et des officiers surveillaient le bâtiment. C’est la 21e fois que les parents présentent une pétition au ministre de l’Éducation Yuan Guiren pour lui demander d’autoriser les enfants sans le "hukou" à passer l’examen dans la ville. Nous avions choisi cinq représentants pour amener la lettre. Mais le résultat a été plus que décevant. Ils nous ont dit que le ministère regarderait ce qu’il pourrait faire sans nous donner aucun délai de réponse. Il y a un an, nous avions réussi à faire part de notre problème au ministre et il avait promis de trouver une solution mais on attend toujours son retour.
 
Les parents rassemblés devant le ministère de l'Éducation le 23 février. Photo posted on Weibo.

Nous avons mis en place un forum en ligne intitulé Je veux passer le "gaokao". Les parents peuvent y partager leurs expériences. Et nous avons aussi quelques travailleurs bénévoles. Jeudi dernier, c’était la seconde fois que je me rendais au ministère de l’Éducation. Dans le futur, nous espérons pouvoir nous mobiliser une fois par mois et j’y retournerai chaque fois que j’aurai le temps. J’espère sincèrement que cette société tient suffisamment à un accès équitable à l’éducation pour nous soutenir. Mais en attendant, la réalité des choses est cruelle. Ma fille est tellement jeune. Je ne veux pas aborder le sujet du "hukou" avec elle. Elle ne mérite pas de porter le fardeau de tels problèmes."