Carcasse de voiture brûlée dans le quartier du Chaudron, mercredi 22 février.
 
L’île de La Réunion a connu de nouvelles violences dans la nuit de mercredi à jeudi. Une fois encore, les affrontements avec les forces de l’ordre se sont concentrés dans le quartier du Chaudron, à Saint-Denis, le chef lieu du département. Notre Observateur nous explique pourquoi ce quartier est régulièrement le point de cristallisation des mouvements de contestation qui agitent l’île.
 
Les émeutes ont commencé mardi, lorsque des casseurs sont venus se mêler à des routiers qui manifestaient contre la hausse des prix du carburant et la vie chère. Les affrontements les plus violents ont eu lieu à Saint-Denis, dans le quartier populaire du Chaudron. D’autres régions du département se sont également embrasées, comme le Port de la pointe des Galets, au nord-ouest de l’île, ou encore la commune de Saint-Benoît, à l’est.
 
Un policier a été blessé dans la nuit de mercredi à Saint-Louis, où les forces de l’ordre ont par ailleurs procédé à huit interpellations. Six autres personnes ont été interpellées dans la ville du Port.
 
Le quartier du Chaudron, mercredi matin 22 février, après la première nuit d'émeutes. Vidéo filmée par notre Observateur.

"Ces soulèvements sont presque cycliques, comme s’il fallait que cela explose de temps en temps pour que la tension retombe"

Stéphane Bommert est infirmier. Il vit à l’île de La Réunion depuis dix ans.
 
Cela fait plus de 20 ans que le quartier du Chaudron est devenu le symbole de la révolte à Saint-Denis. Les premières émeutes y ont éclaté en 1991, avec la suspension de la chaîne de télévision Télé Freedom [cette chaîne très populaire émettait illégalement depuis 1986 et c’est en 1991 que le Conseil supérieur de l’audiovisuel a décidé de la suspendre. Son créateur, Camille Sudre, est condamné dans la foulée, ce qui provoque de violentes émeutes à Saint-Denis, NDLR]. Pourtant, il ne s’agit nullement d’un ghetto comme on pourrait se l’imaginer ou comme il en existe en métropole. C’est un quartier très agréable en journée, grâce notamment à son marché. Il y a des commerces, des familles y viennent faire leurs courses. Mais la nuit, tout bascule et les émeutes éclatent.
 
Il y a également des raisons géographiques qui expliquent cette réputation du Chaudron : les forces de l’ordre essayent généralement de faire cesser la révolte dans le centre ville en repoussant les jeunes vers les quartiers périphériques. Comme ils ne peuvent pas le faire vers l’ouest car il y a la montagne et la mer, ils les repoussent vers l’est et donc vers le quartier du Chaudron.
 
"Le taux de chômage est particulièrement élevé dans ce quartier"
 
Les émeutes que connaît le quartier ces jours-ci ont d’abord commencé par une manifestation des transporteurs routiers contre la hausse du prix du carburant qui s’est étendue à une protestation contre la vie chère. Mais très vite, ça s’est transformé en émeutes conduites par des jeunes qui ont rejoint la vague car il y a dans ce quartier un sentiment de ras-le-bol général. Il faut dire que le taux de chômage des jeunes est déjà très élevé sur l’île, et c’est pire encore au Chaudron [49 % de taux de chômage de l’Île de la Réunion pour les moins de 25 ans en mai 2008 et 39 % pour les moins de 30 ans, NDLR]. Il suffit donc d’un rien pour que cela s’embrase. Ces soulèvements sont presque cycliques, le dernier a eu lieu en 2009. Comme s’il fallait que cela explose de temps en temps pour que la tension retombe. Les émeutiers tournent en général autour du Jumbo Score, la grande surface du quartier, qui est en quelque sorte son poumon économique, alors que les policiers essayent de le protéger.
 
"Avec l’approche des élections, c’est une occasion pour les jeunes de faire entendre leur voix"
 
Il y a eu des jets de pierres et quelques cocktails Molotov lancés hier soir lors des affrontements avec la police. Quatre-vingts agents de police sont d’ailleurs arrivés jeudi de métropole et autant viendront vendredi. Mais je ne pense pas que les choses se tassent de sitôt. Avec l’approche des élections, c’est une occasion pour les jeunes de faire entendre leur voix. Car les hommes politiques d’ici ne pensent en ce moment qu’à briguer des postes de députés pour les législatives et ne s’occupent nullement de la situation locale. Pire : ils sont en place depuis des années et ont donc leur part de responsabilité dans cette situation. C’est pour ça qu’ils font profil bas quand les émeutes éclatent. D’ailleurs, le maire de Saint-Denis s’est déplacé aujourd’hui sur les lieux des émeutes et il a été pris à partie par les habitants. Il était confus et ne savait pas quoi leur répondre."

Photos de l'intervention policière

 
 
 
 
Toutes ces photos ont été prises et envoyées par notre Observateur © Stéphane Bommert.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.