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Des milliers de manifestantes ont défilé, vendredi, à Johannesburg, lors d'"une marche de la mini-jupe" afin d'exprimer leur ras-le-bol face au sexisme et aux violences faites aux femmes. Un défilé qui donne le ton à quelques jours du début du mois de la femme en Afrique du Sud qui débutera le 1er mars.
 
La marche a été notamment organisée en réponse à l’agression, en décembre dernier, de deux femmes par un groupe d’hommes à une station de taxis. Les agresseurs se seraient moqués de leurs habits tout en s’adonnant à des attouchements.
 
L’initiative des manifestantes a reçu le soutien de plusieurs personnalités politiques, dont le ministre en charge du droit des femmes, Lulu Xingwana, ainsi que de l’ANC Women's League, une émanation de l’African National Congress, le parti du président Jacob Zuma.
 
Une étude relayée en septembre dernier par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constate que 42 % des jeunes Sud-Africaines de 13 à 23 ans ont été victimes de "violence à l’occasion de sorties". Parmi les femmes de 15 à 49 ans, 40 % déclarent que leur première expérience sexuelle a été forcée. Il y aurait près de 500 000 viols par an dans ce pays qui compte un peu plus de 50 millions d’habitants.

En 2008, les Sud-Africaines avaient déjà défilé lors d’une "marche de la mini-jupe" après l’agression d’une jeune femme par un groupe d’hommes à une station de taxis. 
 
"Marche de la mini-jupe" à Johannesburg, le 17 février 2012. Vidéo publiée par karinlab sur YouTube.
 
"Marche de la mini-jupe" à Johannesburg, le 17 février 2012. Vidéo publiée par karinlab sur YouTube.
 
"Marche de la mini-jupe" à Johannesburg, le 17 février 2012. Vidéo publiée par karinlab sur YouTube.

"Certains hommes croient pouvoir dire aux femmes ce qu’elles peuvent porter ou non"

Troy Martens est porte-parole de l’ANC Women's League. Elle a participé à "la marche de la mini-jupe", vendredi, à Johannesburg.
 
Entre 3000 et 5000 personnes ont participé à la marche. Il y avait des femmes de tous âges, des adolescentes et des vieilles dames, mais aussi beaucoup d’hommes. C’est important qu’eux aussi se dressent devant ceux qui agressent les femmes. Seuls les hommes pourront réellement changer les mentalités en leur tenant tête.
 
C’était un acte collectif d’auto-défense. Le problème est très sérieux et beaucoup de participantes étaient en colère vendredi. Toutes ont été insultées ou tripotées une fois dans leur vie, simplement à cause de leurs vêtements. Ce n’est pas un problème endémique, je ne suis pas importunée dans la rue tous les jours - heureusement - mais il y a régulièrement des incidents. Par exemple, certains hommes croient pouvoir dire aux femmes ce qu’elles peuvent porter ou non. Que ce soit à la maison, au travail ou dans la rue, les violences faites aux femmes sont inacceptables.
 
"Le problème, c’est surtout l’indulgence dont bénéficient les coupables"
L’agression des deux femmes, en décembre dernier, a beaucoup choqué mais personne n’a été arrêté. Le problème, c’est l’indulgence et la tolérance dont bénéficient les hommes coupables de tels actes.
 
L’atmosphère est restée joviale pendant la marche, il n’y a pas eu d’incidents. On a d’ailleurs demandé aux policiers d’être vigilants et de surveiller les stations de taxis d’où repartaient les manifestantes.
 
Je ne veux pas faire de généralités, mais il est vrai qu’en Afrique du Sud, certains hommes ont une vision patriarcale de la société et pensent que les femmes leur sont inférieures. Pourtant, la loi reconnaît l’égalité des sexes et le pays se targue de faire passer des lois progressistes dans ce domaine… Nous voulons être libres de choisir nos vêtements, cela va de soit, mais le mouvement va au-delà, les conditions de vie des femmes sud-africaines doit être améliorées à tous les niveaux.
  
Troy Martens portait elle-aussi une mini-jupe pour la marche de Johannesburg. Photo publiée par @Troy_Martens sur Twitter.