Observateurs
 
Les Observateurs de FRANCE 24 ont pu récupérer et authentifier une vidéo qui montre l’interrogatoire d’un officier capturé par l’Armée syrienne libre (ASL), cette force composée de soldats déserteurs qui soutient la contestation. Interrogé sur ce document, un proche de l’ASL reconnaît à demi-mot qu’en cette période de guerre, la fin justifie les moyens.
 
Attention, ces images peuvent choquer
 
La vidéo a été postée sur YouTube le 20 octobre 2011. Elle a refait surface récemment. L’enregistrement porte le logo de la brigade Farouk, rattachée à l’ALS et basée à Homs. Le prisonnier qui subit l’interrogatoire est présenté comme un membre des services secrets de l’armée de l’air. On entend cet homme dire qu’il est originaire de Deraa, mais qu’il était en mission à Homs, plus précisément dans les quartiers de "Diar Baalbeh, Bayadah et Khaldiyeh" (0’44). Il dit avoir reçu l’ordre de tuer (1’01) et qu’il a tiré sur des manifestants dans d’autres villes depuis le début de la révolte. À 1’59, la personne qui l’interroge lui demande s’il a une dernière volonté à formuler avant de mourir. Il lui demande ensuite s’il regrette ce qu’il a fait et le prisonnier répond : "Oui, beaucoup" (2’17). Son interrogateur continue à le sermonner, il lui ordonne "lève la tête, fils de chien" (2’48). La vidéo se termine sur la question : "Pourquoi tu n’as pas déserté ?"
 
Cette séquence fait réagir les internautes syriens. Certains comparent les méthodes de l’ASL à celles de l’armée régulière. D’autres soutenaient que cette vidéo était montée de toutes pièces par les services secrets syriens ou par des pro-Bachar dans le seul but de ternir l’image de l’ALS. Après vérification, il s’avère que la vidéo est authentique.
 
L’ALS a déjà plusieurs faits d'armes à son actif. Mercredi 19 janvier, pour la première fois, cette force aurait contraint l'armée régulière à accepter un cessez le feu, et à retirer ses chars, dans la ville de Zabadani, au nord-ouest de Damas.
 

"S’il a tué des manifestants, c’est la mort qui attend le prisonnier"

Abou Hussein est un officier syrien déserteur. Il est l’administrateur de la page officielle de la brigade Farouk où avait été postée la vidéo. https://www.facebook.com/farouq.fsa
                                 
Cette vidéo a bien été filmée par un des membres de la brigade Farouk en octobre dernier. Je l’avais postée sur notre page officielle Facebook, mais celle-ci a depuis été fermée et nous en avons créée une autre.
 
Le prisonnier qu’on voit sur ses images n’a pas été torturé par les soldats de l’Armée libre. Il a été blessé pendant les combats et c’est de là que viennent ses ecchymoses. Cet homme fait partie des services secrets de l’armée de l’air, qui est la branche la plus puissante des services secrets syriens [une influence qui est notamment due au fait que Hafez al-Assad, père de Bachar et ancien président syrien, était officier de l’aviation militaire]. Ils reçoivent leurs ordres directement du palais présidentiel [à 0’53, le prisonnier affirme qu’il a reçu l’ordre de tuer de Maher al-Assad, le frère du président, et de Bachar al-Assad en personne]. Ils ont autorité sur tous les membres de l’armée, même les plus gradés qu’eux. Leur mission est de veiller à ce que tous les soldats demeurent fidèles au régime. Au moindre soupçon, ils ont carte blanche pour procéder à des arrestations ou même des exécutions. Ce sont les hommes les plus loyaux envers le régime et la bête noire des soldats déserteurs.
 
"Nous sommes en guerre et […] nous ne sommes pas en mesure d’avoir des prisons"
 
Je ne sais pas ce qui est arrivé ensuite à ce prisonnier mais en général, il y a deux possibilités : soit nous procédons à un échange de prisonniers avec les autorités, soit l’homme est jugé par l’Armée libre syrienne. S’il s’avère qu’il a tué des manifestants, comme c’est le cas de cet homme [à 0’35, on lui demande "combien de personnes as-tu tué ?" et le prisonnier répond "beaucoup"], c’est la mort qui l’attend. Nous sommes en guerre et, vu notre organisation et nos contraintes, nous ne sommes pas en mesure d’avoir des prisons. Et il serait inimaginable de le remettre en liberté pour qu’il se remette à nous tuer. "