Observateurs
 
ACTUALISATION 25/01/2012 : Le 24 janvier, l'inspecteur général du ministère de l'Éducation nationale a annoncé que le proviseur du lycée Voltaire avait été suspendu de ses fonctions pour infraction à l’arrêté de 2009 interdisant les punitions physiques et humiliantes en milieu scolaire.
 
Sur ces images que nous ont fait parvenir nos observateurs, un proviseur, aidé par des soldats, passe à tabac deux élèves qui avaient jeté des pétards dans la cour de leur lycée.
 
Cette vidéo a été tournée dans l’enceinte du lycée Voltaire, situé dans le quartier de Marcory à Abidjan. Nous sommes le 14 décembre, une semaine avant les vacances de Noël. Des lycéens se sont fait attraper alors qu’ils venaient de faire éclater des pétards dans la cour, créant la confusion dans l’établissement. Il n’est pas rare en Côte d’Ivoire que, la veille des jours de fêtes, des lycéens s’amusent à faire détonner des pétards en espérant que la confusion qui s’ensuit mettra un terme à leur journée de classe. Mais dans un pays qui sort d’une guerre civile, où les coups de feux étaient monnaie courante, ces petits jeux sont particulièrement sensibles.
 
Attention, ces images sont violentes.
 
 
Ces images, très violentes, montrent donc les deux lycéens battus à coups de tuyau d’arrosage par le proviseur du lycée, Honoré Amoussou. Ce dernier nous a donné sa version de l’incident.
 
Dans un premier temps, ils ont semé la pagaille au lycée Moderne de Treichville [commune voisine] en compagnie d’élèves de cette école. Ensuite, ils se sont rendus dans notre établissement pour en faire autant. Ce sont deux élèves qui étaient inscrits l’an dernier au lycée de Treichville, mais qui en avaient été expulsés pour indiscipline. »
 
La scène se déroule au beau milieu de la cour de récréation du lycée Voltaire. C’est le proviseur qui se charge lui-même de la sanction, tout en précisant :
 
Leurs parents étaient présent et ils voulaient exécuter eux-mêmes cette tâche, mais en tant que responsable de cet établissement, je me devais de le faire. Nous nous sommes entendus sur dix fessées chacun ».
 
Les images montrent qu’il n’est ici pas question de « fessée », mais d’une véritable bastonnade. Pour battre les étudiants, le proviseur est assisté d’un surveillant et de militaires des FRCI (soldats qui ont soutenu le président Ouattara lors de la récente guerre civile). On voit ces derniers immobiliser les jeunes gens au sol et tenter de leur attacher les pieds.
 
Pourquoi ce tabassage en règle ? Et que faisaient ces soldats dans l’enceinte du lycée ? Voici comment se justifie Honoré Amoussou.
 
Lorsqu’ils ont lancé leurs pétards, il y a eu un vent de panique général dans l’établissement. Les FRCI sont venues nous aider à rétablir l’ordre, car nous étions tous littéralement excédés ».
 
À la fin de la vidéo, on entend le chef d’établissement avertir tous les élèves réunis dans la cour :
 
La seule personne qui va oser utiliser un seul ’banger’ (marque de pétards) dans cette école jusqu’aux congés de Noël subira ce qu’il vient de voir ».
 
Au téléphone, il n’a pas semblé regretter la brutalité dont il a fait preuve.
 
Pour rappel, l’utilisation de pétards est interdite en Côte d’Ivoire. Mais à l’approche des fêtes de fin d’année les jeunes arrivent à s’en procurer sous le manteau dans des petits commerces de la ville. Le 18 décembre, l’explosion d’un pétard a aussi semé la zizanie dans la ville de Vavoua, au centre du pays. Les affrontements qui ont suivi ont fait cinq morts.