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Photo prise par notre Observateur MoonCongo, vendredi 23 décembre, du haut d'un immeuble proche du stade des Martyrs. 
 
Alors qu’Etienne Tshisekedi, l’opposant autoproclamé "président élu" de la République démocratique du Congo, vient de prêter serment dans sa résidence à Kinshasa, ses partisans arrivent au compte-goutte aux abords du stade des Martyrs où il avait prévu de donner un discours mais dont l’accès a été bloqué par une armada militaire. Notre Observateur fait partie des militants qui se sont déplacés.
 
Les autorités congolaises ont interdit vendredi le rassemblement prévu par Etienne Tshisekedi au stade des Martyrs situé dans la commune de Lingwala au nord de Kinshasa. Un stade de 80 000 places où le candidat de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), arrivé second à l’élection présidentielle du 28 novembre, avait annoncé vouloir "prêter serment" après avoir rejeté la réélection de Joseph Kabila, dénonçant un scrutin entaché d’irrégularités.
 
À la mi-journée, plusieurs partisans du candidat ont été arrêtés alors qu’ils se dirigeaient vers la résidence de leur candidat.
 
Situé dans la commune de Limete à l’est de la capitale, le domicile d’Etienne Tshisekedi est actuellement encerclé par les forces de l’ordre. Le président autoproclamé a finalement prêté serment chez lui en début d’après midi, en présence de plusieurs dizaines de ses fidèles partisans et de personnalités politiques de l'opposition. 
 
Depuis plusieurs jours, des chars sont déployés aux abords du stade. Dans l’après midi, des éléments de la Garde républicaine à pied et en pick-up continuaient à disperser les manifestants.
 
 Un groupe de partisans de Tshisekedi proches du stade. Photo prise par notre Observateur MoonCongo.

"J’ai couru me réfugier vers un parking et il y avait des personnes blessées qui s’étaient mises à l’abri dans des voitures"

MoonCongo (pseudonyme) vit à Kinshasa. Il est sympathisant de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), le parti d'Etienne Tshisekedi.
 
La ville est quadrillée par la Garde républicaine, Tshisekedi ne peut pas sortir de sa résidence et nous ne pouvons pas le rejoindre, parce qu’il est très difficile de circuler dans la zone étant donné le grand nombre de soldats postés aux abords du stade où nous nous trouvons.
  
Ce matin, nous avions rendez-vous avec des amis de mon quartier pour nous rendre au stade. Nous nous sommes séparés en petits groupes et sommes montés dans des bus différents pour nous fondre dans la population. Les soldats sont partout et si on se déplace en bande, on se fait vite repérer. 
 
Photo de MoonCongo.
 
Arrivé à proximité du stade, j’ai bien vu qu’on ne pourrait pas rentrer. Les hommes de la Garde républicaine font barrage et tirent des gaz lacrymogènes sur quiconque s’approche. Ils tirent aussi en l’air pour nous faire peur. À un moment, j’ai couru me réfugier dans un parking où des personnes blessées s’étaient mises à l’abri dans des voitures. Parmi les nombreux partisans présents, il y avait beaucoup de femmes, dont le groupe qui avait manifesté devant l’ambassade américaine [plusieurs femmes de l’opposition ont organisé le 19 décembre un sit-in devant l’ambassade des Etats-Unis à Kinshasa pour demander une médiation internationale ndlr]. Les soldats ne laissent personne pénétrer dans le stade, pas même les journalistes. J’en ai vu un présenter sa carte de presse, mais il n’y avait rien à faire. Et ils confisquent systématiquement les téléphones portables et les appareils photos des gens."
 
Photo de par MoonCongo.