Photo d'une rue de Kinshasa mardi 20 décembre, prise par notre Observateur Justin Makangara.
 
Le président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila a prêté serment à Kinshasa alors que sa réélection est toujours contestée par l’opposition. Pour prévenir les débordements, la journée a été déclarée fériée et des chars ont été déployés dans la ville.
 
La cérémonie d’investiture a eu lieu à la cité de l’Union africaine dans la capitale. Le président Joseph Kabila a prêté serment devant la cour suprême de justice qui a confirmé sa victoire avec 48,95% des suffrages, devant dix autres candidats dont l’opposant Etienne Tshisekedi (32,33%), arrivé deuxième.
 
Ce dernier dénonce des irrégularités dans le scrutin et rejette les résultats de l’élection du 28 novembre. Autoproclamé "président élu", il a annoncé qu’il prêterait serment vendredi au stade des Martyrs de Kinshasa.

"J’ai vu trois chars traverser mon quartier"

MoonCongo (pseudonyme) vit dans la capitale Kinshasa. Il est sympathisant de l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), le parti d'Etienne Tshisekedi. 
 
Ces derniers jours, j’ai vu trois chars traverser mon quartier [Notre Observateur habite près du stade des Martyrs, où l’opposant Etienne Tshisekedi a annoncé qu’il voulait prêter serment vendredi. Selon les agences, plusieurs chars ont été positionnés autour de ce stade]. Le dispositif de sécurité a été renforcé surtout au niveau des grandes artères de la ville. Les militaires et les policiers font des allées et venues dans les rues. Ils ne contrôlent pas systématiquement les gens mais ils interviennent pour disperser les attroupements. Nous évitons d’ailleurs de débattre de politique dans la rue au risque de nous faire arrêter.
 
J’ai regardé le discours de Joseph Kabila à la télévision dans la boutique d’un ami. Nous voulions voir s’il allait parler des erreurs de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante] et des fraudes lors du scrutin. Au lieu de cela, il a fait les mêmes promesses qu’il y a cinq ans, des promesses qu’il n’a jamais respectées. Mais l’opposition a appelé à garder son calme aujourd’hui. Elle organise une marche dans les rues de Kinshasa vendredi à laquelle je me rendrai. Notre manifestation sera pacifique mais je crains que les policiers ne tirent en l’air pour nous provoquer. C’est toujours comme ça que les débordements commencent."
 
Photo de partisans de Joseph Kabila à Kinshasa, mardi 20 décembre, prise par notre Observateur Justin Makangara.

"Nous avons appris hier que la journée d’aujourd’hui était chômée"

Ftka (pseudonyme) vit à Kinshasa.
 
Nous avons appris hier dans l’après-midi que la journée d’aujourd’hui était chômée et payée. Évidemment, cette décision a été prise pour que les gens restent chez eux et ainsi éviter les débordements. Beaucoup de magasins sont donc restés fermés, les moyens de transports étaient bien moins nombreux que d’habitude et la ville était calme. La plupart des gens ont dû rester cloîtrés à la maison. En fait, depuis le début de cette période électorale, nous vivons dans la peur des échauffourées. Il arrive que des gens se fassent embarqués par la police tout ça parce qu’ils se trouvaient à proximité d’un rassemblements d’opposants.
 
Ce discours ne mettra pas fin aux manifestations. Il y en aura tout au long du deuxième mandat de Kabila parce que la vérité des urnes a été cachée aux Congolais. Pour autant, le scénario ivoirien est peu probable en RDC parce que l’opposition n’est pas armée [La Côte d’Ivoire a plongé dans une guerre civile au lendemain de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010. Les violences post-électorales entre les partisans du président sortant Laurent Gbagbo et ceux du président élu Alassane Ouattara ont tué près de 3000 personnes selon la Cour pénale internationale]."

"En 2006, les drapeaux des pays étrangers flottaient dans la ville. Aujourd’hui il n’en est rien"

Justin Makangara habite Kinshasa.
 
En regardant la télévision, j’ai entendu les mêmes mots et les mêmes phrases qu’en 2006 [Date du premier mandat de Joseph Kabila]. La seule chose qui a changé en cinq ans, c’est le cérémonial autour du discours. Il était beaucoup moins important que lors de la première investiture. Il y a cinq ans, tous les drapeaux des délégations étrangères invitées pour l’occasion flottaient dans la ville. Aujourd’hui il n’en est rien, parce que ce discours arrive après une élection très contestée [Plusieurs président de la région des Grands Lacs ont reconnu la réélection de Joseph Kabila mais parmi les chefs d’État invités, seul le président Robert Mugabe, au pouvoir depuis 1987 au Zimbabwe, s’est déplacé]."
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 
 
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