Observateurs
Un blessé lors des violences électorales. Capture d'écran d'une vidéo postée le 15 décembre par Congomikili. Attention, cette vidéo peut choquer.
 
À Lubumbashi (Sud) mais aussi à Goma et Bukavu (Est), ils étaient des centaines à défiler mardi et mercredi pour dénoncer des fraudes électorales, avant même que le parti de l’opposant Étienne Tshisekedi, l’un des candidats à la présidentielle du 28 novembre, n’appelle ses partisans à défendre sa victoire. Plusieurs manifestants ont été blessés lors des affrontements avec la police. À travers le pays, beaucoup se disent prêts à braver eux aussi les forces de sécurité si le président sortant, Joseph Kabila, était déclaré officiellement vainqueur des élections.
 
Les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 28 novembre, scrutin à un seul tour, qui donnent Joseph Kabila vainqueur avec 48,95% des voix, ont été rejetés par de nombreux candidats. Masi un seul d'entreux,  Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale, a déposé un recours devant la Cour suprême de justice (CSJ) pour obtenir l'annulation du scrutin et une nouvelle élection.
 
L’opposition dénonce de nombreuses irrégularités lors des élections. Des critiques fondées sur des rapports d'observateurs nationaux et internationaux, notamment de l'Union européenne, les États-Unis ou encore le Centre Carter qui déplorent le manque de "crédibilité" du processus électoral. Lors d’une conférence de presse lundi à Kinshasa, Joseph Kabila a reconnu des "erreurs" lors du scrutin, tout en assurant qu’elles n’invalidaient pas les résultats de l'élection.
 
La France a demandé jeudi que le recours de Vital Kamerhe soit " examiné avec impartialité et sérénité " et que la "paix civile" soit préservée. À quelques jours de l’annonce officielle des résultats prévue le 17 décembre, les affrontements entre opposants au président Kabila et forces de sécurité ont déjà fait au moins 5 morts à Kinshasa selon les autorités. Il est difficile à ce stade d’obtenir un bilan précis.
 
 

"Les marches pacifiques vont continuer malgré la répression"

Mumba faisait partie des manifestants dispersés par la police mercredi à Lubumbashi, dans la province du Katanga (Sud).
 
Nous nous sommes rendu hier au palais de justice pour demander la réouverture du siège de notre parti l’UDPS [parti du candidat Étienne Tshisekedi] fermé depuis l’annonce des résultats.Nous n’avons pas diffusé de communiqué car nous savions que la manifestation serait interdite.
 
J’ai moi-même été témoin de fraudes électorales à Lubumbashi. Plusieurs d’entre nous ont dû quitter les bureaux de vote lors du dépouillement. L’idée que la victoire nous a été volée est insupportable. Nous voulons nous faire entendre et l'article 26 de la Constitution nous garantit la liberté de manifester.
 
Notre marche pacifique a débuté avec des militants du parti, puis nous avons été rejoints par d’autres citoyens. Alors que notre action prenait fin, nous avons été encerclés par la police. On nous a ordonné de rester sur place. Nous nous sommes assis sur le sol boueux et humide car nous ne voulions pas provoquer les policiers, nous voulions éviter les débordements. L’un des officiers, un gradé, a même pris notre défense en demandant aux policiers de nous laisser tranquille. Finalement, ils ont essayé de nous disperser. Si il n’y a pas eu de tirs, les coups sont tombés. Il y a eu une dizaine de blessés. Un de mes amis a été touché à la jambe. Il peut à peine se tenir debout, et souffre encore aujourd’hui de ses blessures faute de soins.
 
Les marches pacifiques vont continuer malgré la répression, car nous sommes obligés de nous faire entendre. Même à Kinshasa, nous nous attendons à ce que les congolais sortent défendre Étienne Tshisekedi. Nous voulons que la communauté internationale réagisse. La Monusco [Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo]voit bien ce qui se passe ici au Katanga, mais aussi à Kinshasa. Combien de morts faudra-t-il encore ? Au Congo, il n’y a pas la paix. "
 
Un blessé lors des violences électorales. Capture d'écran d'une vidéo postée le 15 décembre par Congomikili. Attention, cette vidéo peut choquer.
 
Un blessé lors des violences électorales. Capture d'écran d'une vidéo postée le 15 décembre par Congomikili. Attention, cette vidéo peut choquer. 

"Mon pays est en train de se déchirer, il nous faut de l’aide"

Loki habite à Makasi, dans la province du Bas-Congo (Ouest)
 
Ici les partisans de l’opposant Etienne Tshisekedi disent qu’ils sont en deuil. Ils se font beaucoup de soucis car ils ne savent pas ce qu’il va se passer. Ils attendent avec beaucoup d’impatience la proclamation officielle des résultats. Ils ont peur que Joseph Kabila puisse conserver le pouvoir, car ils se sentent délaissés par lui. Il n’a pas tenu ses promesses. Ils veulent juste que leurs enfants puissent aller à l’école, qu’ils puissent gagner dignement leur vie. Mais surtout que leur vote soit respecté. Ici aussi il y a eu des cas de fraudes électorales. Malgré leur colère, les partisans d’Étienne Tshisekedi n’osent pas descendre dans les rues car la police et l’armée sont aux ordres de Joseph Kabila. Même si Etienne Tshisekedi ordonne à ses partisans d’organiser des marches pacifiques, ils ont peur de tomber sous les balles.
 
Les partisans de Joseph Kabila se font eux très discrets. Le jour de la proclamation des résultats par la Commission électorale, ils étaient sortis manifester leur joie, mais, aujourd’hui, ils ne se montrent plus. Ils ont peur d’être tabassés.
 
Mon pays est en train de se déchirer. Il nous faut de l’aide car nous sommes convaincus que la Cour suprême de justice ne sera pas impartiale. Il faudrait que la communauté internationale, l’Union européenne réagissent. Trop de Congolais sont déjà morts."
 
 
Billet rédigé en collaboration avec Cécile Loïal, journaliste à France 24.