D’épais bancs de brouillard ont recouvert la semaine dernière le ciel de la plupart des grandes villes du nord-est de la Chine, atteignant un niveau de pollution record et maintenant au sol une centaine de vols à l’aéroport de Pékin. L’indignation générale au sujet de la qualité de l’air dans la capitale chinoise grandit alors que le gouvernement ne cesse de minimiser le problème et de rappeler qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter.
 
Depuis plusieurs semaines, la qualité de l’air de Pékin a été qualifiée de "très malsaine" et de "dangereuse" par le centre de mesure de l’air de l’ambassade américaine de Pékin (US Embassy’s BejingAir)  réputé comme étant l’indicateur de pollution le plus fiable dans la ville. Un nouveau record a été atteint lundi dernier lorsque "beyond index" (l’indice américain) a enregistré une quantité de 522 microgrammes de particules polluantes par mètre cube d’air.
 
De plus en plus de citoyens chinois - et pas seulement les expatriés comme c’était le cas par le passé - consultent le compte Twitter de l’US Embassy’s BejingAir pour avoir les indices précis de pollution, en particulier depuis que les autorités chinoises continuent de décrire la situation comme "normale " en dépit de l’épaisseur du nuage - un simple "fog" selon elles - qui enveloppe la ville. Les autorités sanitaires chinoises insistent sur le fait que l’air est parfaitement sain 80% du temps, même si le centre de mesure de l’air de Pékin de l’ambassade américaine n’a trouvé que 13 jours dans l’année où l’air était sain.
 
 Une rue au sud de Pékin. Posté sur YouKu.
 
Il y a une raison à une telle différence : le dispositif de surveillance de l’air situé sur le toit de l’ambassade américaine mesure de fines particules, jusqu’à 2,5 micromètres, considérées par les scientifiques comme les plus nocives parce qu’elles peuvent facilement pénétrer dans les poumons. Les autorités locales ne mesurent que les grosses particules, jusqu’à 10 micromètres, et font la moyenne des résultats de plusieurs appareils de mesures de l’air.
 
La pollution à Pékin est devenue l’un des sujets les plus débattus sur le Web chinois. L’indignation publique s’est accrue après que des histoires impliquant de hauts officiels du gouvernement aient fait surface parce qu’ils s’étaient équipés de purificateurs d’air coûteux. Les autorités ont essayé d’apaiser la controverse en promettant de mesurer les fines particules d’ici 2015 et en ouvrant l’un de leur centre de mesure au public. Ils ont également remis en cause la crédibilité des appareils de mesure américains.
 
Ce n’est pas la première fois que le compte Twitter de "BejingAir" est sujet à controverse. Il y a deux ans, les responsables chinois ont demandé à l’ambassade américaine d’arrêter de tweeter sur la pollution à Pékin au prétexte que les informations étaient confuses et pouvaient avoir des "conséquences sociales". Cette information a été révélée par un câble du Département américain rendu public par Wikileaks.
 

"Il est conseillé de ne pas sortir par un temps pareil, mais en même temps, on doit travailler"

Peter Zhang (pseudonyme) est traducteur à Pékin.
 
Tout le monde autour de moi parle de la pollution à Pékin parce que ça affecte notre quotidien. La situation est très préoccupante : on diagnostique tout le temps des patients atteints d’asthme et de cancer des poumons. Il est conseillé de ne pas sortir par un temps pareil, tout spécialement quand le brouillard est épais mais en même temps, on doit continuer à travailler. Depuis plusieurs années maintenant, je porte un masque chirurgical à chaque fois que je suis dans la rue ou que je me rends à mon travail.
 
On a beaucoup dit que la situation s’était améliorée depuis les Jeux olympiques de 2008, mais je ne vois pas du tout la différence. A mon avis, deux choses expliquent la situation: d’abord, il y a plus de cinq millions de voitures dans la ville et leurs émissions de carbone sont énormes. Et puis, on brûle beaucoup trop de charbon.
 
Je pense vraiment que le gouvernement doit intensifier ses mesures pour réduire la pollution. L’utilisation des transports publics doit être favorisée afin de réduire notre empreinte carbone. On doit trouver de toute urgence des sources d’énergies alternatives, comme les éoliennes ou l’énergie solaire, parce que l’on épuise nos ressources actuelles sans penser aux générations futures."
 
Photo de l'aéroport international de Pékin. Photo postée par Kim Rathcke Jensen sur Twitter.
 

"Mon vol a été retardé de 10 heures à priori à cause de la météo, et ce n’est qu’en arrivant à Shanghai que j’ai su que la pollution était la cause du retard."

Salomon Simhon, réalisateur colombien, travaille à Pékin. Son vol de Pékin à destination de Shanghaï a été retardé de presque 10 heures à cause de la pollution.
 
Quand je suis arrivé à l’aéroport, il n’y avait aucune visibilité. On ne pouvait rien voir à plus de 100 mètres. Ils ont commencé à retarder notre vol mais ils nous ont seulement dit que c’était à cause de la météo. Mon vol a été retardé toutes les heures et la seule explication que nous ayons eue était celle du mauvais temps. Au fur et à mesure des heures, l’aéroport est devenu incroyablement bondé. Des centaines de personnes étaient assises sur leurs bagages et parterre.
 
Nous avons finalement pu embarquer mais on ne pouvait même pas voir les ailes de l’avion de l’intérieur. Je n’ai su que plus tard, en arrivant à Shanghaï, que la pollution était la cause du retard."
 
Photo postée par Steven Zhang sur Flickr.

"Je ne pense pas que la pollution soit pire que d’habitude ces derniers jours, seulement les gens la prennent plus au sérieux."

Ponderzhang vend des masques anti-pollution sur Taobao, une boutique en ligne qui a vendu 30 000 masques la semaine dernière.
 
J’ai vu que les ventes de masques ont considérablement augmenté cette semaine. Personnellement, je ne crois pas que la pollution soit pire que d’habitude à Pékin ces derniers jours, mais la quantité d’articles publiés à ce sujet a conduit les gens à prendre cette question plus au sérieux.
 
Beaucoup de personnes utilisent des masques chirurgicaux. Or, les masques anti-pollution sont le seul moyen de se protéger parce qu’ils filtrent les particules de pollution dans l’air. Ces fines particules sont particulièrement nocives pour les jeunes enfants et les personnes âgées. Ces derniers jours, je ne suis jamais sorti de chez moi sans en mettre un. Dimanche, quand la situation est devenue particulièrement inquiétante, je ne suis pas sorti de la journée."
 
Photo postée sur DZH forum.
Article écrit par le journaliste freelance Andrés Bermúdez Liévano.