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En Inde, la communauté LGBT (Lesbian, Gay, Bisexual and Transgendered people) a organisé dimanche 27 novembre la quatrième gay pride de son histoire. Un évènement important dans un pays où l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 2009, et uniquement dans la juridiction de Delhi.
 
Depuis la première marche il y a quatre ans, le nombre de participants à la gay pride indienne augmente chaque année. Dimanche dernier, un peu plus d’un millier de personnes étaient réunies dans les rues de la capitale, New Delhi. Parmi les slogans, on pouvait entendre " I’m queer, do you hear" ("Je suis gay, vous entendez").
 
Il y a également eu plusieurs références au sort des "hijras". Cette très ancienne communauté d’eunuques est fortement discriminée en Inde, au point de ne pas avoir le droit de vote, ni au permis de conduire. Le défilé de dimanche était aussi un hommage rendu à quatorze d’entre eux, morts le 21 novembre dernier dans l’incendie d’un bâtiment où ils priaient. Les manifestants ont par ailleurs réclamé une loi contre ces inégalités.
 
La LGBT India recense sur son site plus de 30 millions de personnes identifiées comme homosexuelles, lesbiennes, bi et transgenres dans le pays, mais les statistiques concernant les violences liées à l’identité sexuelle n’existent pas. Selon les organisations, ces agressions varient beaucoup selon les localités.
 
Photo postée sur Youtube par fall4fellatio
 
 

"On m'a frappé dans la rue à cause de mon apparence"

Sunil Mohan, âgé de 28 ans et habitant de Bangalore (sud de l’Inde), effectue un travail de recherche sur la violence contre les minorités sexuelles féminines auprès du "Alternative Law Forum". Il collabore également avec LesBiT, une organisation de Bangalore qui travaille avec des lesbiennes, des femmes bisexuelles et des hommes transgenres. Il se définit comme transgenre.
 
À Bangalore, 600 personnes sont descendues dans la rue. C'est peu, mais cela nous a tout de même permis de communiquer avec les gens et de les sensibiliser à nos problèmes. La plupart étaient ouverts à notre cause, et pas du tout agressifs.
 
Mais aujourd’hui en Inde, les homosexuels souffrent encore beaucoup des discriminations au quotidien. Les gens ont toujours des problèmes avec les gays. Moi-même, j’ai été frappé récemment dans la rue par des hommes visiblement gênés par mon apparence différente. Je suis allé à la police pour porter plainte, mais peu de gens issus de la classe ouvrière, comme moi, seraient capables d’entreprendre une telle démarche, parce qu’ils ne se sentent absolument pas soutenus. Moi, cela ne m’a posé aucun problème, d’ailleurs mes agresseurs ont été retrouvés et punis. Malgré la pénalisation de l’homosexualité dans la région, je n’ai pas eu peur car si dans les textes, être homosexuel est encore considéré comme un crime en dehors de la juridiction de Delhi, la législation anti-homosexuelle est très rarement appliquée. Et puis, c’était mon droit de citoyen de porter plainte, peu importe que je sois transgenre ou non.
 
La gay pride, c’est certes un évènement sympa, mais pas suffisant. Il reste encore beaucoup de travail pour se faire accepter dans la société. Mais l’énergie et la bonne humeur diffusées au cours de cette journée étaient tout de même extraordinaire."