Les femmes yéménites ne relâchent pas la pression contre le régime d'Ali Abdallah Saleh. Une semaine après avoir manifesté devant le ministère des Affaires étrangères pour demander le départ du président yéménite, des centaines d’entre elles se sont réunies mercredi 26 octobre autour d’un grand bûché pour brûler leurs "makrama" - le long voile noir dont elles sont traditionnellement vêtues. Elles protestaient ainsi contre la répression sanglante des dernières manifestations anti-gouvernementales, dont au moins 3 femmes ont été victimes ces derniers jours.
 
Les vidéos amateurs de cette manifestation ont fait le tour du monde mais peu de personnes connaissent la signification de cette action symbolique. Notre Observatrice à Sanaa, qui a participé à ce rassemblement, nous explique les origines bédouines de cette forme de protestation.
 
Vidéo publiée par Avaaz sur Vimeo

"Nous avons été agressées dans tout ce que nous avons de plus intime"

Le docteur Jamila Al-Kameli est une activiste vivant à Sanaa, la capitale du Yémen.
 
Nous sommes des milliers de femmes à avoir participé à cette manifestation, ce qui est énorme dans une société aussi conservatrice que celle du Yémen. Nous ne croyons plus à une intervention de la communauté internationale pour nous protéger et nous avons choisi de brûler nos voiles pour envoyer un message aux chefs tribaux du pays, pour les mettre face à leurs responsabilités en leur demandant "Où sont les hommes censés nous protéger ?"
 
Cette manière de manifester n’a rien de nouveau, c’est une vieille tradition tribale très répandue au Yémen. Le voile protège la pudeur de la femme et, en brûlant nos longs voiles noirs, nous envoyons le message que nous avons été agressées dans tout ce que nous avons de plus intime.
 
Mais attention, nous n’appelons pas les hommes à prendre les armes pour nous défendre. Au contraire, nous demandons aux chefs tribaux de rappeler leurs enfants qui servent actuellement dans l’armée de Saleh. Il faut que chaque tribu fasse pression sur ses hommes, quitte à renier les personnes qui s’entêtent à se battre dans l’armée gouvernementale."