Des femmes yéménites, rassemblées à Sanaa après la mort de Kadhafi, prédisent le même sort à Ali Abdallah Saleh.
 
Le salut des révolutionnaires yéménites viendra-t-il des femmes? Quelques jours après la diffusion d’une vidéo montrant une manifestante fauchée par la balle d’un sniper, des milliers de femmes yéménites se mobilisent en force.
 
La mort d’Azizah Othman dans une marche contre le gouvernement yéménite aurait pu passer inaperçue dans le fracas de la sanglante répression qui frappe actuellement le mouvement d’opposition au président Ali Abdallah Saleh. Mais le décès de cette femme de 52 ans, touchée à la tête par une balle de sniper le 16 octobre dernier, dans la ville de Taez, a contribué à jeter des milliers de femmes yéménites dans la rue.
 
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L’assassinat d’Aziza Othman intervient alors que la situation sur le terrain est marquée par une flambée de violence meurtrière : pas moins de 25 personnes sont tombées sous les balles des pro-Saleh depuis le 15 octobre.
 
La réaction des femmes yéménites ne s’est pas fait attendre. Le 17 octobre, des milliers de manifestantes bravaient les menaces gouvernementales pour se masser devant le siège du ministère des Affaires étrangères à Sanaa alors qu’un cortège défilait à Taez pour honorer la mémoire d’une des premières "femmes martyrs" de la ville.
 
Le cri de colère des manifestantes yéménites a été entendu jusqu’à New York, où l’activiste la plus connue du pays, Tawakkul Karman, a pris part à un rassemblement mardi 18 octobre devant le siège des Nations unies. La toute récente lauréate du prix Nobel de la paix a profité de sa notoriété médiatique pour relayer le regain de mobilisation des femmes yéménites contre le régime du président Saleh.
 

"Aujourd’hui, nous avons un rôle aussi important que celui des chefs tribaux dans cette révolution !"

Docteur Jamila Al-Kameli est une activiste vivant à Sanaa, la capitale du Yémen.
 
J’ai participé à la manifestation de femmes devant le ministère des Affaires étrangères à Sanaa. On ne sait toujours pas si le sniper voulait spécifiquement tuer Aziza Othman mais on est convaincu qu’il avait décidé de s’attaquer à une femme. Nous-mêmes avons été pris pour cible par des voyous à la solde de Saleh alors que nous manifestions pacifiquement.
 
Nos revendications sont les mêmes que celles des autres manifestants. Nous demandons clairement le départ de Saleh et plus de liberté d’expression.
 
Les choses ont vraiment changé pour les femmes depuis le début de la révolte de février. Avant, il était presque impossible pour nous d’aller seules faire des courses à l’épicerie du coin… Aujourd’hui, nous avons un rôle aussi important que celui des chefs tribaux dans cette révolution ! Les gens nous voient différemment, ils ont clairement conscience qu’on ne peut pas faire la révolution en laissant de côté la moitié de la population.
 
J’ai aussi entendu parler de la manifestation à New York avec Tawakkul Karman. On la considère vraiment comme une grande dame, c’est une femme éduquée qui montre comment on peut faire bouger les choses par la plume et la parole, de manière pacifique. Le fait que les manifestations de solidarité s’étendent à travers le monde montre bien la pertinence de notre combat et de nos moyens d’action. Il faut savoir que toutes les Yéménites sont capables de se servir d’une arme mais nous avons choisi d’être pacifistes. "
 
Tawakkul Karman lors d'une manifestation à New York.

"Plus Saleh s’accroche au pouvoir, plus ses méthodes deviennent brutales"

Maryam Ali est une féministe musulmane originaire du Yémen, habitant actuellement à Londres.
 
Aziza Othman participait à une marche contre le régime de Saleh au moment où elle a été abattue d’une balle en pleine tête… À mon avis, l’objectif du sniper était d’intimider les femmes yéménites pour les empêcher de manifester. On s’est rendu compte que plus Saleh s’accrochait au pouvoir, plus ses méthodes devenaient brutales. C’est pourquoi le régime s’attaque maintenant aux femmes et à des enfants de plus en plus jeunes.
 
Mais cet assassinat va au contraire inciter beaucoup plus de femmes yéménites à descendre dans la rue. Ce mouvement est même en train de s’internationaliser et nous allons organiser une grande manifestation le 30 octobre prochain à Trafalgar Square pour condamner le meurtre d’Aziza Othman et montrer notre solidarité avec les femmes yéménites."
 
 Manifestation de femmes à Taez en soutien à Aziza Othman.
 
Ci-dessus, des manifestantes se retrouvent à Sanaa après la mort du colonel Kadhafi. Photos envoyées par l'organisation Avaaz.