Observateurs
 
Vingt-quatre morts et plus de 200 blessés : le bilan des violences qui ont explosé au Caire, entre membres de la communauté copte et forces de l’ordre, est particulièrement lourd. Pour notre Observateur, un passant musulman, le comportement très brutal des militaires y est pour beaucoup.
 
Les tensions entre les musulmans et la communauté copte - qui ne constitue que 10% de la population - ne sont pas nouvelles en Égypte. Pour autant, les habitants étaient nombreux à s’imaginer que la situation s’améliorerait avec le départ d'Hosni Moubarak. Or, depuis la Révolution, ces tensions n’ont fait qu’aller crescendo.
 
Ces dernières semaines, les attaques contre des églises du sud du pays se sont multipliées, provoquant la colère des membres de la communauté copte. Dimanche, au Caire, des milliers d’entre eux, mais aussi quelques musulmans, ont décidé de manifester devant les locaux de la télévision d’Etat, qu’ils accusent d’entretenir un sentiment antichrétien dans la population.
 
Les manifestants affirment qu’ils ont d’abord été attaqués par des hommes en civil, avant d'être confrontés aux forces de l’ordre.
 
Sur ces images de la télévision, des véhicules militaires blindés foncent au milieu de la foule : une scène qui n'est pas sans rappeler la répression de la révolution.
 
Dimanche soir, le Premier ministre égyptien, Essam Sharaf, a appelé au calme lors d’une intervention télévisée : "La pire menace qui pèse sur notre pays, c’est la destruction de l’unité nationale et que la discorde règne entre les enfants d’Egypte, musulmans et chrétiens." Le conseil militaire égyptien a demandé l’ouverture d’une enquête
 
Selon les agences de presse officielles, des dizaines "d’instigateurs" ont été arrêtés au court de ces violences. Cependant, elles ne précisent pas s’il s’agissait de musulmans ou de chrétiens.
 

"Avant l’intervention brutale de l’armée, les coptes manifestaient dans le calme"

Khaled Hamdy vit au Caire. Il est musulman.
 
J’étais sur le chemin de la maison quand je me suis retrouvé face aux manifestations. Il y avait des soldats partout, je me suis donc approché pour voir ce qui se passait. Les manifestants étaient là, dans le calme avec des bougies, des croix et des photos de Jésus. Au fil du temps, de plus en plus de coptes les ont rejoints.
 
Je ne sais pas qui a commencé. J’ai vu une bouteille en plastique voler vers les soldats. Puis, j’ai entendu un tir. Beaucoup se sont mis à courir. D’autres se sont attaqués aux soldats.
 
Deux véhicules blindés, garés juste à côté, ont démarré d’un coup et ont traversé la foule pour disperser les manifestants. À cet instant, j’étais sur un pont, j’ai tout vu. Les conducteurs étaient sans pitié. Ils allaient à toute allure. Ils ont heurté de nombreuses personnes. Cela a duré entre 10 et 15 minutes. J’ai vu un groupe de personnes transporter un corps en hurlant qu’il était mort. Puis, plus tard, j’ai aperçu quelqu’un mettre le feu à un de ces véhicules blindés.
 
"Les soldats cherchaient simplement à percuter des gens"
 
Puis, les soldats nous ont pourchassés sur le pont. Ils ne faisaient aucune différence entre coptes et musulmans. Ils cherchaient simplement à percuter les gens. Des personnes ont jeté des pierres aux soldats, qui ont répondu à leur tour par des jets de pierres et des coups de bâtons.
 
Je suis arrivé à 18h et je suis reparti à 20h. Une fois chez moi, je suis allé sur Internet pour voir les vidéos des manifestants coptes emmenés à l’hôpital. Certains étaient morts, c’était terrifiant.
 
Je ne sais pas ce qui a tout déclenché. Mais ce que j’ai vu, et ce dont je suis convaincu, c’est qu’avant l’intervention brutale de l’armée, les coptes manifestaient dans le calme.
 
Récemment, les militaires ont été très durs envers toute sorte de manifestations. Je l’ai vu quand j’ai manifesté contre les tribunaux militaires et pour l’accélération du processus de transfert du pouvoir. Ils sont hors de contrôle. En Égypte, on dirait que l’Histoire se répète."
 
Affrontements au Caire, le 9 octobre.