Observateurs
 
Les témoignages de nos Observateurs à Tripoli, à l’heure où les rebelles contrôleraient près de 80% de la capitale libyenne, dernier bastion de Mouammar Kadhafi.

"À l’hôpital, des centaines de blessés font la queue dans les couloirs"
 
Mokhtar (pseudonyme) est médecin à l’Hôpital Central de Tripoli.
  
Les médecins ne peuvent pas se rendre dans les hôpitaux parce qu’ils sont bloqués par les checkpoints. Moi-même je n’ai pas pu me rendre au travail aujourd’hui parce que c’est dangereux de sortir de chez soi. Mes collègues de l’hôpital m’ont appelé ce matin. Ils m’ont dit que des centaines de blessés faisaient la queue dans les couloirs. Pour l’instant, ils sont moins nombreux que prévu, mais je n’ai pas de chiffre exact. La nuit dernière a été plutôt calme. Les rebelles sont entrés dans Tripoli sans trop de résistance. Mais aujourd’hui, l’insécurité règne dehors. Il y a des snippers autour du centre-ville et au niveau de la télévision d’État.
  
Il y aurait en ce moment des combats autour des quartiers généraux de Kadhafi et près du port. Le nombre des victimes pourrait donc augmenter rapidement. Si les combats persistent, la situation va se compliquer compte tenu du manque de médecins dans les hôpitaux."
 
"Les rebelles sont en train de rechercher les snipers de Kadhafi qui, selon les rumeurs, se cachent dans le quartier"
  
Mohammed habite dans le quartier Al-Andalus dans le centre de Tripoli, à côté de l’ambassade de France.
  
Il y a eu des affrontements pendant la nuit entre des rebelles de Tripoli et les hommes de Kadhafi. Puis, les rebelles locaux ont été rejoints par des combattants qui arrivaient de Zaouiyah [une des villes clefs sur la route de Tripoli tombée aux mains de la rébellion la semaine dernière]. Beaucoup de soldats loyalistes ont fui, d’autres se sont rendus. Les tirs ont cessé vers 9 heures ce matin. Les rebelles sont en train de rechercher les snipers de Kadhafi qui, selon les rumeurs, se cachent dans le quartier. Ils ont aussi installé des barrages dans les rues près de chez moi pour contrôler les allées et venues." 
 
"Tous les enfants du bourg sont aussitôt sortis dans les rues avec des dattes"
 
Houda (pseudonyme) habite dans un village proche d’une caserne militaire et d’un check point entre Zanzour et Tripoli, à une vingtaine de kilomètres de la capitale libyenne.
  
Hier soir, à la tombée de la nuit, nous avons entendu des coups de feu. Après six mois de combat, je suis capable de distinguer le son d’un M14 ou d’un M16 [fusil d’assaut] ! Mais nous ne savions pas qui tirait. Un ami a appelé son cousin, qui fait partie de la rébellion, pour lui demander où ils étaient. Le jeune confirmé que les rebelles étaient tout près. Les tirs ont continué un moment, ce qui nous fait dire qu’il y a eu un bref affrontement, puis nous avons vu les militaires de Kadhafi et les mercenaires africains reculer, à pied ou en voiture. Et ensuite beaucoup de jeunes dans des pick up ont défilé devant nos maisons en poussant des cries de joie. Nous avons alors couru dans le jardin pour crier ‘Allah Akbar’ [Dieu est grand]. Tous les enfants du bourg sont aussitôt sortis dans les rues avec des dattes et de la nourriture.
 
Après 42 ans d’anarchie totale, nous vivons un moment historique. Je suis née sous le régime de Kadhafi et, avant, je pensais qu’il était un rempart contre les conflits entre tribus. Je me suis aperçu que c’était de la pure propagande."
  
"J’ai peur que les pro-Kadhafi adoptent une politique de la terre brûlée"
 
Hisham Karmous est un habitant du quartier Al-Mansoura, non loin de Bab Azizia, le QG de Kadhafi.
 
"Depuis ce matin, j’entends des tirs dans le quartier. Je ne suis pas sorti de chez moi, beaucoup de mes voisins sont allés accueillir les rebelles. J’ai peur que les pro-Kadhafi adoptent une politique de la terre brûlée, maintenant qu’ils n’ont plus rien à perdre. Nous savons tous que les dernières heures d’un régime sont les plus difficiles. Une fois ce cap passé, l’avenir me semble plein de promesses. À travers cette révolution, le peuple libyen a démontré sa maturité et sa soif de liberté. Rien ne peut entraver désormais sa marche vers la démocratie. Les gens ne cessent de souligner le rôle des forces de l’Otan dans la chute de Tripoli. Je pense qu’il ne faut pas minimiser le rôle des rebelles, qui se sont bien entraînés et organisés pour cette opération finale."
 
 La mosquée Mawlay Mohamed à Tripoli accueille les rebelles avec des invocations
 
Pour célébrer l'entrée des rebelles dans la capitale, des invocations ont rententi dans le ciel de Tripoli depuis le minaret de la mosquée Mawlay Mohamed, en signe de louange à Dieu pour la victoire des rebelles. Vidéo publiée sur YouTube.
 
Célébrations à Benghazi, hier soir, alors que les rebelles entraient à Tripoli.
 
Vidéos ubliées sur YouTube par
MrElnadory.