Depuis quelques jours, des vidéos amateur, relayées par la télévision syrienne et par les chaînes YouTube proches du pouvoir, accusent les manifestants d’avoir pris les armes. Des images qui dérangent l’opposition qui avait fait du pacifisme son mot d’ordre. Deux activistes syriens réagissent.
 
Malgré les milliers de manifestants qui descendent dans les rues depuis le début de la vague de révolte, le régime syrien nie l'existence d'une contestation populaire, préférant évoquer les agissements de groupes armés semant la terreur dans le pays. Damas justifie ainsi l’intervention de l’armée et des forces de l’ordre. Ce à quoi l’opposition répondait par des appels répétés à maintenir coûte que coûte le caractère pacifique de leur mouvement.
 
Mais depuis quelques jours, des vidéos amateur diffusées par les réseaux de communication proches du pouvoir, les chaînes officielles et les chaînes YouTube, affirment apporter la preuve que des manifestants, qualifiés de "terroristes", seraient armés et tireraient sur les forces de l’ordre.
 
Immédiatement, de nouvelles pages Facebook ont été créées par des activistes invitant leurs pairs à maintenir le caractère pacifique des manifestations et à ne pas tomber dans ce qu’ils considèrent comme un piège tendu par le régime en prenant les armes.
 
Depuis dimanche 31 juillet, date de l'assaut lancé par l’armée syrienne contre la ville de Hama, l’opposition a dénombré 134 morts dans tout le pays. La communauté internationale s’est déclarée horrifiée par ce "massacre" perpétré par l’armée syrienne. Pour la première fois depuis le début du soulèvement en Syrie, en mars dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné, ce mercredi, la répression des manifestations par le régime de Damas.
 
Selon Avaaz, une organisation de défense des droits de l’Homme basée aux Etats-Unis, 1 790 personnes ont été tuées en Syrie depuis le début des mouvements de contestation. Les autorités syriennes disent, quant à elle, avoir comptabilisé 1 300 "martyrs de la patrie" au sein des forces de l’ordre et de l’armée depuis le début de la répression.
 
Ces images amateur diffusées par la télévision syrienne montreraient des manifestants syriens portant des armes (encerclés en rouge). Vidéo publiée sur YouTube.

"Pourquoi les rebelles libyens auraient le droit de se défendre et pas nous ?"

Ali (pseudonyme) est un habitant de Homs.
 
Les manifestants armés ne viennent pas des villes où seuls les Shabiha et les milices du régime ont des armes. Il s’agit plutôt de villageois munis de fusils de chasse et de pistolets qui, excédés devant les exactions commises par les hommes du régime, sont convaincus que les manifestants ne sont pas capables de se défendre. Ces personnes s’organisent donc pour venir prendre leur défense.
 
Le recours aux armes ne concerne encore que quelques villes, comme Homs ou Hama, où la répression a été particulièrement violente. Mais elle traduit le ras-le-bol de la population. Cela fait presque cinq mois que le peuple syrien se fait massacrer dans l’indifférence totale [la dernière mobilisation du vendredi avait pour titre "Votre silence nous tue" et s’adressait à la communauté internationale].
 
Certains militants syriens craignent que cette initiative, qui demeure pour l’instant le fait d’une minorité, ne discrédite la cause de la contestation syrienne au yeux de la communauté internationale. Mais quand on voit le peu de soutien que nous avons reçu, je ne pense pas que les manifestants fassent encore grand cas de l’opinion publique mondiale ou arabe. Evidemment, je crains qu’une guerre civile n'éclate si ce recours aux armes venait à se généraliser. Mais pourquoi les rebelles libyens auraient le droit de se défendre et pas nous ?"

"Si les manifestants portaient réellement des armes, il y aurait eu des pertes innombrables dans les rangs des forces de sécurité et de l’armée"

Abdullah Abazid (pseudonyme) est un militant de Deraa.
 
Les rares vidéos qui accusent les manifestants de porter des armes ont été diffusées par les chaînes syriennes et relayées sur le Net par les activistes pro-Bachar al-Assad, ce qui me rend extrêmement méfiants quant à leur véracité. D’ailleurs, si les manifestants portaient réellement des armes, il y aurait eu des pertes innombrables dans les rangs des forces de sécurité et de l’armée : le service militaire est obligatoire en Syrie et chaque Syrien sait manier convenablement une arme.
 
Je n’ai jamais vu de manifestants portant des armes à Deraa. Au contraire, les militants clament à chaque fois "Pacifiques ! Pacifiques !" pour bien se démarquer des forces de l’ordre qui répondent à leurs slogans par des balles. Si ces faits s’avèrent réels, ils demeurent des cas isolés qui ne reflètent en rien l’esprit de notre révolution."
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.