L’objectif de cette autoroute souterraine flambant neuve était de fluidifier la circulation de la ville de Rafsanjan, située au centre de l'Iran. Le problème c’est que les jours de pluie, elle se transforme en chutes du Niagara.
 
L’autoroute, qui traverse le centre-ville de Rafsanjan en passant sous la place Shohada (Place des Martyrs), a été inaugurée en grande pompe en mai 2010 à l’occasion d’une visite officielle du ministre de la Culture et de l’Orientation Islamique, Mohammad Hosseini. À l’époque le maire de la ville, Ali Akbar Pour-Mohammadi avait déclaré que le projet, dont le coût s’élevait à 1,7 millions d’euros, avait nécessité une année d’élaboration et huit mois et demi de construction. Selon le maire, cette voie souterraine devait réduire la circulation de 60 % dans le centre-ville et stimuler le développement économique de la ville.
 
Mais dans les faits, c’est tout l’inverse qui s’est passé. Aux premières grosses pluies, la place Shohada est inondée par un torrent d’eau qui se déverse en cascade sur la voie souterraine. Les automobilistes sont alors contraints de s’arrêter ou de rouler au pas pour essayer de traverser les flots.
 
Les autorités semblent vouloir ignorer ce fiasco, allant jusqu’à interdire aux médias ainsi qu’aux représentants locaux, d’aborder ces fuites fâcheuses. Nos Observateurs sur place n’ont accepté d’en parler que sous couvert de l’anonymat.
  
Vidéo publiée sur YouTube par farhadswiss

"Quand il pleut l’autoroute devient une blague pour ceux qui regardent et un drame pour ceux qui ont besoin de l’emprunter."

Rihaneh (pseudonyme) est un médecin urgentiste dans un hôpital de Rafsanjan.
 
Ce projet n’est ni fait ni à faire. Il est la risée non seulement des habitants de Rafsanjan, mais de tous ceux qui visitent la ville. Quand il pleut, les gens viennent de loin pour voir les ‘chutes d’eau’ et la ‘piscine’ de leur propres yeux. C’est pathétique.
 
J’ai entendu dire que les autorités municipales étaient tellement en colère que les gens critiquent l’autoroute qu’ils ont interdit aux médias locaux de publier quoi que ce soit de plus sur ce "noble projet" supposé résoudre tous les problèmes d’embouteillages de la ville. Et Rafsanjan n’ayant aucun représentant d’opposition digne de ce nom, il n’y a donc personne pour dénoncer ce problème.
 
Non seulement le souterrain n’a pas amélioré la circulation dans la ville, mais quand il pleut il devient une blague pour ceux qui regardent et un drame pour ceux qui ont besoin de l’emprunter."

"J’ai entendu que les ingénieurs chargés de la supervision de ce projet étaient proches des Gardiens de la révolution islamique"

Alireza (pseudonyme) est ingénieur à Rafsanjan.
 
En tant qu’ingénieur, ça me paraît inconcevable que les concepteurs de ce projet aient pu faire une telle erreur. Comment ont-ils pu faire l’impasse sur la façon dont s’écoulerait l’eau en période de pluie ?
 
J’ai le sentiment que le maire et son équipe étaient plus intéressés par leur propre promotion et leur carrière politique que par les besoins réels des habitants. Nous avons par exemple besoin d’hôpitaux mieux équipés, de centres culturels ou de transports publiques plus que de jolis parcs ou d’autoroutes. La construction de ce souterrain a été accélérée vers la fin pour que cela concorde avec la venue du ministre de la Culture et de l’Orientation Islamique en mai 2010. Tout ça s’est fait en grande pompe, mais il a suffi d’un peu de pluie pour que toutes ces belles paroles s’évaporent.
 
Selon la rumeur ici, les ingénieurs chargés de la supervision de ce projet étaient proches des Gardiens de la révolution islamique [aussi appelé Pasdarans], il s’agit d’une organisation paramilitaire dépendant directement du Guide de la Révolution. Elle est décrite par ses détracteurs comme une force extrêmement influente et corrompue qui directement, ou indirectement, contrôle la plupart des projets de construction et de développement dans le pays.
 
 
 

Photos publiées ici.