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Pour certains riches héritiers ukrainiens, l’argent et le pouvoir ouvrent la porte à toutes les dérives. Pas un mois ne se passe sans qu’un scandale impliquant un membre du gotha n’éclate. Mais à l’ère de la vidéo-surveillance et du buzz Internet, quand le fils d’un député traîne au sol une femme par les cheveux, les chances qu’il reste impuni ne sont plus si grandes.
 
Roman Landik, le fils du magnat et député ukrainien Vladimir Landik, a été filmé par une caméra de surveillance en train d’attaquer violemment Maria Korshunova, un mannequin de 20 ans. La scène s’est déroulée au début du mois de juillet dans un café en vogue de la ville de Lougansk, dans l’est de l’Ukraine. Sur la vidéo, qui dure 14 minutes, Roman Landink attrape la jeune femme par la gorge, l’arrache à son siège et la traîne par les cheveux. La victime a été hospitalisée pour commotions cérébrales et dépression nerveuse. L’agresseur, récemment marié, serait sorti de ses gonds après que Maria Korshunova eut refusé ses avances.
 
Roman Landik a d’abord minimisé l’incident, affirmant qu’il avait juste "enseigné à cette fille les bonnes manières" (c’est aussi la version que rapportaient les chaînes de télévision appartenant à son père). Mais quand la vidéo a été publiée sur YouTube par un anonyme, un mandat d’arrêt a été émis contre lui, incitant Landik à fuir vers la Russie où il a été arrêté quelques jours après et exclu du Parti régional, la formation politique au pouvoir dont il était un membre actif au même titre que son père. Ce dernier, lui aussi éclaboussé par une affaire d’agression de policier par sa garde rapprochée, dit aujourd’hui avoir "échoué à l’éducation de son fils".
 
Ce n’est pas la première fois que le fils d’un responsable haut placé est mis en cause pour une telle infraction. Un des derniers gros incidents en date concerne Dmitry Rud, le fils d’un très influent procureur ukrainien. En octobre 2010, il a tué trois femmes en leur roulant dessus avec sa voiture. Bien que les témoins aient rapporté que les femmes se tenaient sur le terre-plein central où elles auraient été renversées, Dmitry Rud a affirmé qu’elles avaient soudainement reculé sur la chaussée et s’étaient retrouvées sous les roues de son véhicule. L’homme a été libéré le 13 juillet. Une enquête est en cours mais les militants des droits de l’Homme doutent que Dmitry Rud ne fasse l’objet d’une sanction proportionnelle aux actes dont il est responsable.
 
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Cette vidéo a été postée sur YouTube par novostiukr.

"Ce genre d’affaire a lieu toutes les semaines. Mais ce qui fait la différence cette fois, c’est la présence d’une vidéo"

Yaroslav Minkin est le responsable de Postup, une association de défense des droits de l’Homme. Il a créé le groupe Facebook Contre ces fous de "mazhors" (en argot ukrainien "mazhors" signifie "jeunesse dorée").
 
A mon avis, l’arrestation de Landik et son expulsion du Parti régional ne sont rien de plus que de la poudre aux yeux et il ne fera probablement pas l’objet d’une lourde peine. Mais il n’y a jamais eu, à ma connaissance, de sanctions contre des personnalités officielles ou des proches de personnalités pour des délits. C’est pourquoi cette affaire est très importante pour le pays. Si Landik est justement puni, les responsables réfléchiront à deux fois avant de se comporter comme des délinquants. Pour nous, c’est vraiment important que Landik soit sanctionné de façon approprié au regard de la loi ukrainienne. Nous faisons pression pour que l’enquête soit transparente et nous essaierons d’assister à toutes les audiences pour informer le public et les médias. Nous ne voulons pas que cette affaire soit étouffée.
 
“Les témoins présents dans le café n’ont pas essayé d’intervenir. Au contraire, ils faisaient comme si de rien n'était et passaient leur chemin”
 
Quand l’affaire Landik a fait la une des journaux, nous avons reçu beaucoup de lettres et d’appels de personnes qui ont elles mêmes été victimes de dérives de la part de responsables ukrainiens. Certaines d’entre elles trouvaient injuste que leur situation ne soit pas traitée de la même manière par les médias. Nous sommes informés de nouvelles infractions presque toutes les semaines. Elles mettent en cause des membres du gouvernement mais aussi de riches hommes d’affaires proches du pouvoir politique. La seule différence dans cette affaire est que cette fois, il y a une vidéo. Quand on voit les images, impossible d’ignorer que cet homme est l’auteur d’une agression physique. S’il y avait de telles preuves dans les autres cas, il serait plus facile de punir les personnalités qui se croient au dessus des lois.
 
Aujourd’hui, ces délinquants font peur aux gens. On voit sur la vidéo que les témoins présents dans le café ne sont pas intervenus. Au contraire, ils faisaient comme si de rien n’était et passaient leur chemin. La plupart des habitants de Lougansk savent qui est Landik et le craignent. Les gens ont peur de manifester pour dénoncer ce problème ou de parler ouvertement des mauvais traitements dont ils auraient été victimes de la part de ces dirigeants. Ils nous disent : 'Je travaille pour une entreprise qui appartient au père de Landik' ou 'Je suis jeune, je ne veux pas de problème'. Par ailleurs, la misogynie est très ancrée dans la société ukrainienne et les violences faites aux femmes sont quelque part considérées comme ‘normales’ par beaucoup de gens ici.
 
Nous avons créé un mouvement à Lougansk pour combattre les comportements illégaux de ces personnalités et de leurs enfants. Nous avons des antennes dans plusieurs villes du pays. Elles regroupent des journalistes, des militants des droits de l’Homme, des hommes de loi et toutes les personnes que cette situation rend malades."
 
Un autre incident, filmé par une caméra de surveillance, montre le fils d'un juge urkrainien qui frappe un agent de sécurité essayant de le sortir d'une boîte de nuit, le 7 juillet. Cette fois, personne n'a été arrêté. Vidéo publiée sur YouTube par .
Ce billet a été rédigé avec Ostap Karmodi, journaliste freelance.