Observateurs
 
Au lendemain de l’attaque contre la résidence privée du président guinéen, Alpha Condé, le quotidien a repris son cours à Conakry. Pourtant, la vision de militaires quadrillant les rues de la capitale guinéenne semble avoir ravivé de mauvais souvenirs pour nos Observateurs.
 
Le chef de l'État est sorti indemne de l’attaque du mardi 19 juillet. Selon les autorités, des soldats lourdement armés seraient à l’origine de cet assaut, sans toutefois apporter plus de précisions.
 
La traque de suspects est en cours au sein de l’armée. Trente-sept militaires ont été arrêtés depuis l’attaque de mardi. Ces hommes sont, pour la plupart, des proches de Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte militaire qui a dirigé la Guinée entre 2008 et 2009, et du général Sékouba Konaté, l’ancien président de transition chargé d’engager le processus démocratique en 2009.
 
Nos Observateurs craignent que cette attaque ne déclenche une nouvelle vague de violences en Guinée. Ce pays a été marqué par 52 années de dictatures, civiles et militaires, par des coups d'État et des tensions interethniques.

"On garde en tête les arrestations arbitraires du temps de Dadis, cette époque où les militaires faisaient la loi"

Roso est étudiant en informatique à Conakry. Il a filmé ces images avec la webcam de son ordinateur portable qu’il avait posé sur le tableau de bord de la voiture.
 
C’est en sortant des cours que j’ai pris conscience de l’ampleur des événements. Des militaires étaient postés devant mon école et ils fouillaient les étudiants. J’ai pris ma voiture et j’ai décidé de me rendre à la résidence d’Alpha Condé. J’ai traversé plusieurs quartiers, d’abord Lambamy puis Kipé, où se trouve le domicile privé du président. Sur mon chemin, j’ai croisé des militaires tous les 100 mètres. Et tous les 100 mètres, il y avait des barrages. Les militaires arrêtaient les voitures et vérifiaient les coffres. Je n’avais jamais vu ça. Et puis ce qui m’a frappé, c’est que les routes étaient désertes. En temps normal dans le centre-ville, tout est embouteillé à cause de la circulation et des piétons qui traversent n’importe comment.
 
Notre Observateur Roso est au volant de la voiture, mardi 19 juillet à la mi-journée. Devant lui, un conducteur se fait arrêté par un militaire qui demande à fouiller son coffre. Vient ensuite le tour de Roso.
 
En fait, hier, les gens étaient terrés chez eux. Le président a fait une annonce à la radio demandant à tout le monde de garder son calme et de vivre normalement. Mais la population redoutait de se faire ‘ramasser’ par les militaires. Ici, on garde en tête les arrestations arbitraires du temps de Dadis [Moussa Dadis Camara], à l’époque où les militaires faisaient la loi dans le pays. Moi, comme je suis jeune, je ne suis pas traumatisé. Mais mes parents, hier, se sont barricadés et voulaient m’empêcher de sortir."

"On pensait que les vieux démons étaient partis pour de bon mais l’armée reste une grande inconnue et les rivalités ethniques perdurent"

Alimou Sow est blogueur à Conakry. Il tient le blog Ma Guinée plurielle.
 
La situation est vraiment confuse. Beaucoup disent que ce sont les militaires qui sont derrière l’attaque. Pour d’autres, c’est le camp de Cellou Dalein Diallo [le principal opposant d’Alpha Condé, arrivé au second tour de l’élection présidentielle] qui veut prendre le pouvoir. Et puis, certains disent que c’est Alpha Condé lui-même qui a organisé un attentat pour faire diversion après l’affaire du recensement et le report des élections législatives [elles auraient dû être organisées dans les six mois suivant l'investiture d'Alpha Condé en décembre 2010, mais le nouveau président a souhaité faire un recensement en vue d'établir un nouveau fichier électoral pour corriger les anomalies apparues lors du scrutin présidentiel. Une aberration, selon ses opposants qui soulignent que le dernier recensement date de 2009 et est celui grâce auquel Alpha Condé a été élu].
 
Notre Observateur Roso a tenté de se rapprocher de la résidence d'Alpha Condé, barricadée par des barrages de sécurité. Les rues sont désertes, les habitants son "terrés" chez eux. 
 
On pensait que les vieux démons étaient partis pour de bon. Or l’armée reste une grande inconnue et les rivalités ethniques perdurent [le président Alpha Condé est malinké, son opposant Cellou Dalein Diallo est peul. Des violences politico-ethniques entre partisans des deux camps avaient secoué le pays après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2010]."
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24. 
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