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Sur ces images de vidéosurveillance, cinq hommes entrent dans une pharmacie du sud du Liban. Ils insultent les employés et saccagent la boutique en toute impunité. L’affaire fait grand bruit au pays du Cèdre car l’un de ces vandales n’est autre qu’un représentant local du parti Baas au Liban.
 
Cet incident a eu lieu le 3 juillet à Saïda, une ville côtière au sud de Beyrouth. L’homme en tee-shirt bleu est Mostapha al-Awass, candidat du parti Baas aux législatives de 2009. D’autres membres de sa famille ont récemment défrayé la chronique. Le mois dernier, son frère avait violement pris à partie un imam de la mosquée Bilal de Saïda parce que ce dernier dénonçait la répression du régime syrien contre les manifestants.
 
Le parti Baas arabe et socialiste, créé en 1956, est la branche du parti Baas syrien au Liban. L’armée syrienne s’est retirée du Liban en 2005, après 30 ans de présence militaire.

"Je m’appelle Mostapha al-Awass et Dieu lui-même s’adresse à moi avec respect !"

"J’espère que cela aidera à mettre fin à l’impunité pour les membres du parti Baas au Liban"

Lina Bashasha est la pharmacienne que l’on voit sur les images de vidéosurveillance.
 
Tout a commencé lorsqu’un jeune garçon est venu acheter un médicament à la pharmacie. Le médicament coûte 11 000 livres [5 euros] et l’enfant n’a que 10 000 sur lui. Il dépose donc l’argent à la caisse et repart pour aller chercher le reste. Peu de temps après, je reçois un coup de fil de Mostapha al-Awass. Il me dit que le jeune garçon est son neveu. Il me demande pourquoi je l’ai renvoyé sans le médicament ; il n’apprécie pas par ailleurs que le prix du produit ait augmenté. J’essaie de lui expliquer, mais il me raccroche au nez.
 
Son neveu vient alors reprendre l’argent qu’il nous avait laissé. Peu de temps après, je vois arriver Mostapha al-Awass accompagné de quatre de ses hommes. Ces derniers ont des pistolets à leur ceinture. Ils font sortir tous les clients (une des clientes a prévenu la gendarmerie). Puis se mettent à nous hurler dessus et à nous insulter mon mari et moi. Il blasphème et insulte les autorités et la gendarmerie. Il me dit qui il est et qu’il n’a peur de personne. Nous avons été vraiment effrayés. La femme de ménage de la pharmacie, qui est philippine, était elle aussi terrorisée, elle s’est évanouie après leur départ.
 
Mostapha al-Awass a été arrêté et il est en prison, en attendant d’être jugé. Ce n’est pas la première fois que cet homme terrorise les gens. À Saïda, les habitants ont peur de lui. On dit qu’il a obligé des gens à leur prêter de l’argent, sans jamais les rembourser.
 
On me dit de faire attention, car on ne sait pas ce qu’il est capable de faire à sa sortie de prison. Mais je pense qu’il en a pour un moment, le juge n’est pas près de le libérer, car d’autres plaintes se sont ajoutées à la mienne. À croire que certains n’attendaient que cela.
 
Cette fois, nous avons eu de la chance, car nous avions une preuve irréfutable : les images de la caméra de surveillance. J’espère que cela aidera à mettre fin à l’impunité pour les membres du parti Baas au Liban."
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.