Capture d'écran de la vidéo postée par  TonySteeles sur YouTube le 29 juin.
 
Dans la nuit du mardi 28 juin, des centaines de fans de hip-hop se sont réunis au Tammany Hall dans le quartier de Lower East Side à New York, pour fêter la sortie du nouvel album d'un groupe de musique new-yorkais. Mais la soirée a très vite tournée à la bagarre de rue à l’arrivée de plusieurs policiers new-yorkais. Cinq personnes ont été blessées.
 
Ce devait être une fête pour saluer la sortie du nouvel album “Monumental” du groupe de hip-hop Smif N Wessun produit en collaboration avec une figure de la scène new-yorkaise, Pete Rock. Cet artiste et producteur a travaillé depuis le début de sa carrière dans les années 1980 avec de nombreux musiciens connus dont plusieurs membres du groupe Wu-Tang Clan.
 
Les images de la confrontation ont été rapidement postées sur YouTube pour attirer l’attention sur les méthodes de maintien de l’ordre de la police new-yorkaise (NYPD). Dans la vidéo, on peut voir un corps inerte, allongé sur le sol. Une voix masculine hurle à plusieurs reprises : "Enregistre cette m** !". L’homme en train de crier apparaît soudain à l’écran : on découvre General Steele, membre du groupe Smif N Wessun. General Steele se remet à hurler, "Quelqu’un a-t-il vu Pete Rock ? Entregistre, Enregistre Pete Rock !"
 
La caméra obéit, juste à temps pour filmer les policiers sortir leurs matraques et  frapper un homme. Une femme tente alors de s’interposer en criant : "Ne touchez pas à mon p** de frère !".
 
Les raisons qui ont poussées la police new-yorkaise à intervenir au Tammany Hall pour interrompre la fête qui s’y déroulait demeurent encore floues. Un responsable de la police new-yorkaise, Raymond W. Kelly, a rejeté toutes les accusations d’usage excessif de la force par les policiers. Il a ainsi soutenu qu’ils "avaient le droit de se défendre contre les attaques des individus, et qu’ils ont fait un usage approprié de la force. Ils ont aussi protégé des citoyens qui s’étaient retrouvés dès le début sous une pluie de bouteilles, alors qu’ils [les policiers] s’étaient rendus sur place à la demande du service de sécurité de la boîte de nuit". Mais les services de police n’ont pas précisé si les violences avaient lieu à l’intérieur ou à l’extérieur du club.
 
 
 
Bagarre entre policiers et participants à la fête du "Monumental" in New York City. Video postée sur YouTube par ladyjayuk le 29 juin.

"Je ne pensais qu’à une seule chose: il fallait recueillir des preuves sur ce qui passait, nous devions enregistrer la vérité"

 
General Steele est un artiste, membre du groupe Smif N Wessun. Il était sur scène le mardi 28 juin lorsque la police new-yorkaise est entrée dans le Tammany Hall pour interrompre la fête.
 
La fête de sortie de notre album se déroulait bien, tout le monde s’amusait. Beaucoup de gens m’ont d’ailleurs répété que c’était la meilleure fête à laquelle ils avaient participé depuis très longtemps. Ceux qui étaient là n’étaient pas juste des "voyous".
 
Mais la fête a été brutalement interrompue. Depuis la scène, j’ai vu des policiers entrer puis sortir. J’étais en train de chanter, je me sentais bien, je n’avais pas conscience de ce qui se passait avant de comprendre qu’il fallait partir.
 
Les gens ont commencé à sortir quand soudain il y a eu un mouvement. La police avait attrapé un des patrons de la boîte de nuit – pour une raison que j’ignore. Cette altercation a été le coup d’envoi de la bagarre. Les policiers ont commencé à injurier et à maltraiter les gens. Tout le monde se posait la même question – qu’est-ce qui a poussé la police à réagir comme cela ?
 
J’ai grandi à New-York, je sais que les choses peuvent mal tourner en très peu de temps. La police a placé en détention une des personnes qui était sur scène avec moi, je les ai vus frapper son visage, puis le frapper par derrière. J’étais sous le choc. La police nous a demandés de reculer et ils ont utilisé des bombes lacrymogènes. Nous avons été repoussés à l’intérieur de la boîte de nuit. Ils nous avaient enfermés alors que l’atmosphère était devenue irrespirable en raison du gaz lacrymogène. Les gens criaient : "Laissez-nous sortir !"
 
Puis j’ai entendu quelqu’un dire que ma mère était à l’extérieur du club, j’ai voulu sortir à tout prix. J’ai vu mon frère être frappé à coups de pied, je me sentais impuissant. Je ne pouvais toujours pas retrouver ma mère. J’imaginais les pires choses : elle aurait pu être écrasée par la foule et elle gisait quelque part, sur le sol.
Dès lors, je ne pensais qu’à une seule chose: il fallait recueillir des preuves sur ce qui passait, nous devions enregistrer la vérité.
 
J’ai déjà participé à des manifestations qui ont dégénéré. J’étais présent lors du Million Youth March à Harlem, j’ai assisté à de nombreux rassemblements, mais je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi brutale. Les policiers était en tenue, prêts à en découdre. Peut-être pensaient-ils participer à un jeu vidéo ?
 
Depuis l’incident du 28 juin, la police, le gouverneur et le président doivent comprendre qu’ils doivent trouver des moyens différents pour gérer des populations différentes. Nous devons engager un dialogue. "
 
 
À l'extérieur de la fête pour la sortie de l'album “Monumental”à New York City. Vidéo postée sur YouTube par TonySteeles le 29 juin.

“Aujourd’hui, nous avons le pouvoir de surveiller la police”.

Johan Thomas est reporter pour NEWSONE, un site web spécialisé dans l’actualité liée à la communauté noire américaine. Il vit à Brooklyn et a couvert l’incident de la fête du "Monumental".
 
Selon les témoignages des personnes présentes à la fête, tout allait bien avant que la police n'assaille la boîte de nuit pour des raisons encore floues. Elle a débarqué avec une attitude agressive. Les policiers ont attrapé un des artistes, Luis Pena, puis ils ont demandé à tout le monde de sortir de la boîte.
Cette  brutalité envers Luis Pena a déclenché une vague de violences. Les gens essayaient de défendre leurs amis. La police s’est alors sentie à son tour agressée.
 
À New-York, la police semble avoir une tendance naturelle à agresser tout ce qui touche au hip-hop, en raison du fait que l’on associe cette musique à la drogue, ou encore à la violence. Quand la police débarque à un concert de hip-hop, ils sont habillés comme s'ils partaient en guerre.
 
Avec les caméras des téléphones, nous avons aujourd’hui le pouvoir de surveiller ces violences policières. C’est drôle parce qu’il semble que si les caméras des téléphones portables énervent les policiers, ce sont aussi elles qui permettent de les contrôler. Cela fait quelque temps que j’observe cette évolution. C’est seulement depuis 2006 que la communauté noire a commencé à utiliser les nouvelles technologies pour apporter des preuves de ce type d’incident. C’est un moment important dans l’Histoire de la communauté noire.
 
Par exemple, la caméra a été utilisée en 2009 lors de l’affaire Oscar Grant pour démontrer l’existence de brutalités policières. Il avait été arrêté par la police alors qu’il se trouvait à Oakland [Californie] à la veille du nouvel an, en 2009. Les gens qui étaient là ont filmé les policiers lui tirer dessus, alors qu'il n’était pas armé.
 
L’officier de police a été condamné à deux ans de prison pour ce meurtre. Cette affaire a été très controversée, parce que les gens pensaient que deux ans, ce n’était pas assez pour un meurtre. Mais d’un autre côté, beaucoup de gens ont défendu le fait que ce policier n’aurait jamais été en prison, s'il n’y avait pas eu de vidéos”.