Photo publiée sur le groupe Facebook du Obedient Wife Club.
 
Le secret d’un mariage réussi ? Selon une association malaisienne, c’est une épouse qui assure l’épanouissement sexuel de son mari et accepte son statut de partenaire inférieur. Lancé le 4 juin à Kuala Lumpur, le Club des épouses obéissantes (Obedient Wives Club, OWC), qui regroupe un millier de membres en Malaisie, fait polémique jusque dans la classe politique malaisienne.
 
Ce nouveau regroupement entend soigner le mal de la société moderne et diminuer le taux de divorce en apprenant aux femmes comment "obéir, divertir et servir leur mari" pour empêcher les hommes de s’égarer dans le péché. Il propose à tous des cours d’orientation et de motivation, les femmes étant toutefois sa cible principale.
 
Cette association a été fondée par Global Ikhwan, une société d’import-export liée à l’organisation islamique radicale Al-Arqam, interdite par les autorités malaisiennes depuis 1994. Tout comme Global Ikhwan, ce mouvement religieux a été créé par  Ashaari Mohamed, un leader religieux très controversé en Malaisie. La majorité des membres du club sont d'ailleurs des employés de la société Global Ikhwan.
 
La plupart des hommes politiques et activistes de Malaisie, un pays où est pratiqué un islam modéré, voient les membres de ce club comme des extrémistes. Toutefois, quelques politiciens affichent une certaine sympathie pour les idées qu’il véhicule. Mohd Nasir Ibrahim, un cadre du principal parti au pouvoir, l'UMNO, a déclaré lors de la cérémonie d’ouverture de l’association qu'il fallait effectivement chercher l’origine des maux de la société au sein du foyer familial. Une prise de position avec laquelle son parti a été obligé de prendre publiquement des distances.
 
Cérémonie d'inauguration du Club des femmes obéissantes, le 4 juin 2011. A droite, le n°2 du parti UMNO Mohd Nasir Ibrahim,  Photo publiée sur le Facebook Obedient Wives Club

"Si vous servez votre mari comme une prostituée de première classe, il vous le rendra"

Aquila a 44 ans. Elle est un membre fondateur du club. Elle a étudié les langues en Angleterre entre 1987 et 1991, avant d’être employée par Global Ikhwan.
 
Je suis mariée depuis 19 ans et vis un mariage heureux. Je suis convaincue que beaucoup de mariages se terminent en divorce parce que l’épouse ne sait pas comment satisfaire pleinement son mari. Quand il rentre à la maison après le travail et qu’il est stressé et fatigué, il ne faut pas le harceler de questions et de demandes personnelles. Il faut lui sourire et l’embrasser. En devenant une femme parfaite, vous accomplirez les souhaits de Dieu et vous serez récompensées.
 
Les mariages, en particulier ceux qui durent, peuvent devenir routinier et ennuyeux pour les deux partenaires. C’est pour cela que les hommes vont voir les prostituées. Même s’ils ont une gentille femme, ils ont besoin de quelque chose de plus excitant.
 
Si vous servez votre mari mieux qu’une prostituée, en obéissant à ses désirs mais aussi en étant attentive et aimante, il n’ira pas vers le péché. Si vous servez votre mari comme une prostituée de première classe, il vous le rendra. C’est donc un effort rémunérateur.
 
"Dieu a créé l’homme supérieur à la femme mais cela ne veut pas dire que la femme n’a pas un rôle important à jouer"
 
Bien sûr, je ne suis pas tout le temps d’accord avec mon mari. Parfois, je fais des choses qui le mettent dans tous ses états. Dans ces cas-là, il est important de s’écouter et de pardonner. Par exemple, mon mari et moi avons été mariés 13 ans avant qu’il décide d’avoir une seconde femme [la polygamie est autorisée dans la communauté musulmane de Malaisie].
 
Au début, j’étais furieuse et blessée, j’avais peur qu’il ne m’aime plus. Je me suis opposée à mon mari et il m’a demandé : 'N’est-il pas vrai que tu aimes chacun de tes quatre enfants de manière égale ? C’est la même chose pour moi. Ce n’est pas parce que j’ai une seconde femme que je n’aimerais plus la première.' J’étais rassurée et maintenant ma ‘co-épouse’ est comme un arc-en-ciel à la maison, quelqu’un avec qui je peux partager l’amour et le fardeau du mariage [le mari d’Aquila et la co-épouse travaillent aussi pour Global Ikhwan].
 
Dieu a créé l’homme supérieur à la femme mais cela ne veut pas dire que la femme n’a pas un rôle important à jouer, bien au contraire. En maintenant l’harmonie dans le foyer, elle aide à maintenir l’harmonie dans toute la société."
  
Extraits de la cérémonie d’ouverture du club, le 4 juin à Kuala Lumpur. Les membres de l’association ont fait des discours, distribué des récompenses et organisé huit mariages à cette occasion. Malaysiakini.tv.

"Ce club est insultant et dégradant pour les femmes malaisiennes"

Matthew Tard Ong a 22 ans. Il est né en Malaisie et a suivi des études en relations publiques en Australie. Il a créé la page Facebook "Stop aux absurdités sexistes de Global Ikhwan".
 
Même si je suis un homme et un membre de la communauté bouddhiste (et donc pas directement affecté par ce club), j’étais absolument révolté quand j’ai pris connaissance de ce club. Il est insultant et dégradant pour les femmes malaisiennes.
 
Comparer les femmes à des prostituées est déjà assez grave, mais le plus dangereux c’est que le club affirme qu’elles sont responsables de tout ce qui va mal dans leur couple ou leur famille. Même si leur mari est violent, même si elles sont victimes d’abus, elles devront quand même dire oui à tout, au nom de l’'obéissance'.
 
Pour dénoncer ces idées, j’ai décidé de créer un groupe Facebook. Il vient de dépasser les 5 000 membres. Je suis aussi membre d’une association malaisienne contre les violences domestiques. Nous faisons pression sur le gouvernement pour qu’il revoie le statut du club et qu’il en surveille les activités. Nous voulons nous assurer que le club ne viole pas les lois malaisiennes sur l’égalité des sexes et les droits des femmes. Nous envisageons d’organiser une conférence de presse le week-end prochain, le jour de la Fête des pères, pour appeler les hommes et les femmes à tourner le dos à de telles absurdités sexistes."
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24.