Un poster à l'effigie d'Hassan Nasrallah brûlé. Capture d'écran d'une vidéo publiée sur YouTube.
 
L’opposition syrienne, qui demande la chute du régime de Damas, ne ménage pas plus les alliés stratégiques du président Bachar al-Assad au Moyen-Orient. Au cours de plusieurs manifestations, des contestataires syriens ont été filmés en train de brûler des drapeaux iraniens et des posters d’Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah au Liban.
 
Lors de ces manifestations, plusieurs slogans ont été lancés à l’encontre du régime iranien - notamment contre l'ayatollah Khomeini, le leader de la Révolution islamique en Iran - et du Hezbollah, parti politique chiite libanais doté d’une puissante branche armée. Des drapeaux iraniens ont été incendiés par les manifestants, ainsi que ceux du Hezbollah et de son leader Hassan Nasrallah.
 
Cette colère est une réaction au soutien affiché par l’Iran et le Hezbollah au régime syrien. Elle a notamment été déclenchée par le discours d’Hassan Nasrallah, le 25 mai, au cours duquel il a assuré le régime d'Assad de son soutien sans faille.
 
Ces manifestations ont principalement eu lieu à Douma, près de la capitale, Damas, et à Homs, troisième ville syrienne, située dans le centre-ouest du pays, non loin de la frontière libanaise.
 
Vidéo filmée à Douma, près de Damas, le 28 mai. La personne qui met le feu au poster de Nasrallah dit : "Voilà la réponse des habitants de Douma au discours de Nasrallah !" Vidéo postée sur YouTube.

"Nasrallah était jusque-là adulé dans le monde arabe"

Nabil (pseudonyme) habite dans la banlieue de Damas.
 
Les positions de l'Iran et du Hezbollah n’ont pas surpris les Syriens puisque nous connaissons tous les proximités de ces trois centres de pouvoir. D’ailleurs, des rumeurs circulaient depuis le début de la contestation sur la participation de combattants du Hezbollah et de miliciens iraniens à la répression, aux côtés des forces de l’ordre syriennes. Quelques vidéos, qui se sont révélées fausses, ont même circulé en ce sens. Mais c’est surtout après les déclarations officielles du secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, que ces slogans ont éclaté au grand jour.
 
Ces images sont frappantes car Nasrallah a, jusque-là, toujours été adulé dans le monde arabe. Il était perçu comme un héros de la résistance contre Israël, surtout après avoir libéré le Sud-Liban de l’occupation israélienne en 2000.
 
Mais aujourd’hui, il affirme qu’il soutient le régime syrien contre les manifestants. Son argument principal, c’est le soutien indéfectible de la famille Assad au Hezbollah contre Israël. De son côté, le régime syrien a lui aussi souvent utilisé le dossier israélien pour discréditer le mouvement de protestation. Les manifestants étaient présentés comme des traîtres instrumentalisés par des puissances étrangères et le régime de Bachar al-Assad comme le dépositaire de la cause arabe.
 
Le risque de cette tension est d’alimenter les différends confessionnels entre chiites et sunnites [les chiites représentent environ 10 % de la population syrienne], tensions sur lesquelles le régime syrien a joué pour diviser la population. Il ne faut pas que l’on prenne la colère des Syriens à l’encontre de l’axe Assad-Iran-Hezbollah comme une haine des chiites. Je pense que les manifestants l’ont bien compris, eux qui continuent à scander 'Tous main dans la main !'"
 
Des manifestants à Douma qui brûlent les drapeaux de l'Iran et de la Chine, qui a également soutenu le régime syrien. Vidéo tournée le 1er juin et publiée sur YouTube.
 
À Homs, les manifestants scandent des slogans anti-Khomeini et crient : "Ni Iran, ni Hezbollah !" Vidéo filmée le 1er juin et postée sur YouTube.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.