À l'entrée du stade Azadi à Téhéran, un fan brandit le portait du gardien de but, Nasser Hejazi.
 
Il était baptisé "La légende" par les Iraniens. Nasser Hejazi, meilleur gardien de but d’Iran, mais aussi un des symboles de l’opposition au gouvernement d’Ahmadinejad, est mort le 23 mai. Inévitablement, sur fonds de tensions sociales, ses funérailles ont pris des airs de révolte.
 
Dans les années 70, Nasser Hejazi était considéré comme l'un des meilleurs gardiens de but du monde. Sélectionné 62 fois dans l’équipe nationale iranienne, il est passé par les plus grands clubs de son pays, dont l’Esteghlal F.C. de Téhéran, qu’il a, par la suite, entraîné. En 2000, il a été classé deuxième meilleur gardien d’Asie du XXème siècle par la Confédération asiatique de football.
 
Extrêmement populaire, Nasser Ajezi a brievement tenté en 2005 d’entrer en politique de façon indépendante mais les autorités lui ont barré la route. Depuis, il a pris plusieurs fois la parole pour critiquer le gouvernement.
 
En 2009, âgé de 60 ans, il avait appris qu'il était atteint d’un cancer des poumons. Jusqu’à sa mort le 23 mai 2011, ses nombreux fans sont venus lui rendre visite sur son lit d’hôpital.
 
“Hejazi, notre héros, tu parles au nom du peuple” "Ya Hossein, Mir Hossein" (Moussavi) et "Moubarak, Ben Ali, c’est ton tour Khamenei !" Postée sur YouTube.
 
Le lendemain de son décès, Mahmoud Ahmadinejad a exprimé ses "profondes condoléances" au peuple iranien. Mais mercredi, alors qu’ils étaient des milliers à s’être rassemblés dans le stade Azadi de Téhéran pour les funérailles, c’est contre le gouvernement que se sont retournés les fans endeuillés.
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à FRANCE 24.

"Parce qu’il avait osé critiquer le gouvernement, il était une des personnalités les plus populaires d’Iran"

Milad a assisté aux funérailles au stade Azadi, mercredi matin.
 
Je suis arrivé au stade Azadi vers 11h. Il y avait beaucoup de policiers en civil et des unités de police anti-émeutes avaient été déployées. Des dizaines de milliers de personnes sont entrées dans le stade pour la cérémonie officielle d’adieu. Les gens ont commencé à scander des slogans comme "Hejazi, tu as parlé au nom du peuple". Ils faisaient référence aux critiques sévères que le gardien de but avait adressées à Mahmoud Ahmadinejad concernant sa politique économique. [En avril 2011, l’ancien gardien de but a exprimé sa colère concernant la mauvaise redistribution des richesses et les restrictions budgétaires qui affectent les plus démunis ]. Nos slogans étaient clairement anti-gouvernement.
 
 
 
En entrant dans le stade, la foule scande "Adieu Hejazi, en ce jour, les courageux sont en deuil" et "Monsieur Nasser, lève toi, le peuple n’en peut plus". À 1m38, un groupe de femmes pénètre dans le stade. Postée sur YouTube.
 
Pour la première fois, un groupe de plus d'un millier de femmes a pu entrer dans le stade. C’est plutôt ironique.  Alors que cela fait des années qu’elles demandent à assister aux matchs, ce n’est que pour l’enterrement de la légende du football iranien qu’elles ont été admises dans un stade !
 
"Très pressées d’enterrer le corps, les autorités n’auraient pas attendu que la famille du défunt soit là"
 
Quand les forces de sécurité se sont rendues compte qu’elles perdaient le contrôle de la situation, elles ont sorti le corps du stade et l’ont transféré au cimetière de Behsht Zahra, où des dizaines de milliers de personnes attendaient le cortège. Je n’ai pas pu y aller mais des gens qui étaient sur place m’ont raconté que les autorités étaient très pressées et qu’elles auraient enterré le corps avant que la famille n’arrive.
Dans le cimetière, les gens ont recommencé à chanter des slogans contre le régime comme "Moubarak, Ben Ali, c’est à ton tour Khamenei" ou "Hejazi, tu es notre vrai héros !". [Selon un autre Observateur sur place, les forces de sécurité auraient battu et arrêté plusieurs personnes, mais la foule était trop importante pour être contrôlée.]
 
Hejazi était une légende pour les fans de l’équipe d’Esteghlal, mais aussi pour tous les fans de foot iraniens. Et parce qu’il avait osé critiquer le gouvernement, il était l'une des personnalités les plus populaires d’Iran. Si le Conseil des gardiens de la Constitution avaient accepté sa candidature à la présidence [En 2004, Hejazi avait annoncé sa volonté de se présenter à l'élection présidentielle de 2005 ], je pense qu’il aurait eu de très grandes chances de gagner. Les Iraniens appréciaient beaucoup le fait qu’il n’appartienne à aucun parti, mais c’est justement pour cette raison que sa candidature n’a pas été validée. "
 
 
Dans le stade, la foule hue la police et cri "Honte à vous !". Postée sur YouTube.