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La "marche des salopes" à Boston, le 7 mai. © Courtney Sacco.
 
En déclarant que les femmes devaient éviter de "s’habiller comme des salopes" pour ne pas se faire agresser sexuellement, Michael Sanguinetti, agent de police à Toronto, ne s’attendait certainement pas à la réaction en chaîne que sa remarque sexiste allait provoquer.

L’agent de police canadien a tenu ces propos alors qu’il s’adressait à des étudiants lors d’un forum sur la sécurité organisé à l’université de York. Le policier s’est excusé et a été sanctionné. Cependant, plusieurs femmes qui considèrent que cette remarque est révélatrice du traitement inapproprié des victimes de violences sexuelles par les personnes chargées de faire appliquer la loi ont décidé de faire entendre leur voix. Quand Heather Jarvis et Sonya JF Barnet ont organisé une marche devant le département de police de Toronto en avril, elles ne se doutaient certainement pas que ce serait la première d’une longue série. 

Une fois de plus, ce sont Internet et les réseaux sociaux qui ont permis de rassembler autant de monde. Facebook et Twitter ont relayé l’appel à travers tout le Canada, mais aussi dans une dizaine d’États américains, au Royaume-Uni et en Australie. Plus d’une douzaine de marches ont déjà eu lieu. D’autres sont prévues tout au long de l’été. (Tous les rassemblements sont répertoriés ici et annoncés sur Twitter). Certaines personnes viennent en jean et en baskets, d’autres choisissent des tenues beaucoup plus sexy pour montrer que, aussi légèrement vêtue et provocante soit-elle, une femme a les mêmes droits que tous les autres citoyens.
 

L'affiche qu'a brandi Holly Black pendant la marche de Boston, le 7 mai.
 

"Il n’y a aucune preuve du lien de cause à effet entre la tenue des victimes et les agressions sexuelles"

 
Holly Black vit à Boston où elle travaille au service des urgences d’un hôpital. Elle a participé à la "Marche des salopes" du 7 mai et a écrit un billet sur son blog.
 
Si on considère que le terme ‘salope' désigne une personne (en général une femme) qui s’habille de façon sexy, qui est sexuellement provocante et/ou qui aime beaucoup le sexe, je ne vois aucun mal à cela et tout le monde a le droit d’être une salope. Notre objectif est de nous réapproprier le terme 'salope', d’en faire un mot que les femmes puissent assumer, et non plus une insulte. Quand une 'salope' se fait maltraiter ou agresser, elle ne l’a ni souhaité, ni mérité et les gens qui l’ont malmenée sont au moins aussi coupables que s’ils avaient agressé une 'non-salope'.
 
Le policier qui a conseillé aux filles de ne pas s’habiller comme des 'salopes' pour ne 'pas être maltraitées' a exprimé une idée aussi répandue qu’erronée, selon laquelle le viol est provoqué par une tenue ou par une attitude. Mais en réalité, il n’y a pas de lien de cause à effet entre eux, car le viol n’est pas la conséquence d’un désir sexuel, c’est un acte délibéré de violence et d’humiliation. Moi qui travaille aux urgences d’un hôpital, je vois régulièrement des victimes arriver. La plupart ne portent pas de minijupes, mais des jeans, des joggings, des pyjamas, et mêmes des voiles. Dire que les vêtements sont la cause des agressions, c’est une réponse hypocrite, car cela pose la question de savoir jusqu’où doit aller la pudeur... Si les femmes se couvrent chaque centimètre de peau, les critiques se focaliseront sur les pantalons les plus moulants ou sur les voiles aux couleurs les plus criardes, ou je ne sais quoi d’autre…
 
“La responsabilité doit revenir à l’agresseur"
 
 
Le vrai problème, c’est que les femmes perçues comme des 'salopes' sont plus souvent considérées comme fautives et moins souvent protégées ou écoutées par la justice en cas d’agression. C’est ce préjudice que les "Marches des salopes" dénoncent et veulent changer. La responsabilité d'un tel acte doit revenir à l’agresseur. Aimer le sexe consensuel, même beaucoup, n’est pas un crime. À l’inverse du viol.
 
Dans la marche, il y avait essentiellement des jeunes et, parmi eux, beaucoup de femmes, mais aussi des hommes, des gays, des lesbiennes, des gens habillés de façon très provocante, d’autres plus classiques, des célibataires qui multiplient les expériences sexuelles, des couples, etc. Personne n’a demandé à celles qui étaient très court-vêtues d’avoir une attitude provocatrice. Notre objectif n’est pas de recruter des salopes mais de les défendre. Le nom du mouvement peut évidemment sembler provocateur mais, l’important, c’est que notre message soit à la fois fort et positif. "
 
 

Lors de la marche de Boston, le 7 mai. Photo : Courtney Sacco.

Les marches dans le monde entier

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Billet rédigé en collaboration avec Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24.