Observateurs
 
Notre Observateur a filmé les scènes de liesse dans les rues de Yopougon, dans l’ouest d’Abidjan, après que l’armée d’Alassane Ouattara, président de Côte d’Ivoire, a réussi à maîtriser les mercenaires pro-Gbagbo qui semaient la panique dans la commune. Mais le comportement de certains soldats laisse un goût amer à notre Observateur.
 
Les derniers combattants fidèles au président déchu Laurent Gbagbo étaient retranchés depuis le 11 avril dernier à Yopougon, une commune qui leur était majoritairement favorable. La dernière poche de résistance d’Abidjan a été, jusqu’au 4 mai, le théâtre d’affrontements d’une rare violence entre les miliciens et les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, fidèles à Alassane Ouattara), obligeant la population à fuir ou à vivre retranchée.

"Hier soir, pour la première fois depuis très longtemps, on a pu rester dehors au-delà de 19h30"

Lookman est un de nos Observateurs à Yopougon. Il a filmé ces images.
 
Mardi, alors que la commune n’était pas encore entièrement sous contrôle, j’ai entendu des éclats de voix. Les gens commençaient à sortir. Ils courraient à la rencontre de soldats FRCI en les acclamant. Des tirs de joie continuaient de résonner et les femmes chantaient.
 
Images filmées par notre Observateur mardi 3 mai, alors que les FRCI poursuivaient l'offensive pour déloger les derniers miliciens pro-Gbagbo. Dès mardi, la majorité de la commune était sous contrôle de l'armée. Les habitants sont sortis dans les rues, jonchées d'ordures, pour acclamer les FRCI. 
 
Notre Observateur a filmé cette vidéo mercredi 4 mai, alors que Yopougon est officiellement passée sous contrôle des FRCI. Plusieurs résidents se sont rassemblés aux abords des routes, applaudissant les FRCI à chaque passage d'un véhicule de l'armée. 
 
Nous avons appris mercredi que les soldats étaient parvenus à faire tomber le quartier d’Attécoubé et la base navale de Locodjoro, les deux derniers quartiers où s’étaient retranchés les combattants pro-Gbagbo. Dans la presse locale,  on dit que certains Libériens seraient parvenus à s’échapper en pinasse par la lagune et auraient rejoint la ville de Dabou [située à 40 kilomètres à l’ouest d’Abidjan]. Aujourd’hui, ces fuyards doivent être quelque part dans la nature.
 
Des femmes de la commune se sont rassemblées en scandant "Merci, merci" et "ADO" (pour Alassane Ouattara). 
 
"Les habitants avaient fini par recouvrir les cadavres qui jonchaient les rues de tas d’ordures, pour en couvrir l’odeur"
 
Mais l’important aujourd’hui, c’est que la vie reprenne son cours. Les décharges à ciel ouvert, présentes un peu partout dans la commune, vont pouvoir disparaître. Les habitants avaient fini par recouvrir les cadavres qui jonchaient les rues de tas d’ordures, pour en couvrir l’odeur [plus de 60 cadavres ont été retrouvés en deux jours à Yopougon, selon la Croix-Rouge ivoirienne qui a pu entrer dans la commune quand les combats ont pris fin]. Tout est plus serein désormais : hier soir, pour la première fois depuis très longtemps, on a pu rester dehors au-delà de 19h30, alors qu’avant, les combats nous obligeaient à nous cloîtrer chez nous après cette heure. Et nous avons passé la nuit sans entendre de coup de feu.
 
"J’ai vu certains soldats des FRCI défoncer la porte des maisons abandonnées et repartir avec un butin de guerre"
 
Notre Observateur a vu un membre des FRCI remplir une voiture d'objets volés lors de la perquisition d'une maison. Ces derniers jours, l'armée a procédé à des fouilles de plusieurs habitations abandonnées afin de mettre la main sur toutes les armes de la commune. 
 
Mon sentiment est pourtant mitigé. D’un côté, je suis soulagé, mais de l’autre, nous sommes très vigilants à l’égard de certains soldats des FRCI qui profitent de la situation pour faire leur loi. Hier, j’en ai vu qui tirait en l’air pour nous faire rentrer dans nos maisons et en profiter pour voler nos voitures. D’autres défoncent les portes des maisons abandonnées et repartent avec un butin de guerre. Ils sont tellement nombreux qu’on ne peut pas savoir à quel commandement exact ils appartiennent."
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à France24.