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Le 24 avril, un groupe de Saoudiennes de Riyad a tenté de s’inscrire sur les listes électorales pour pouvoir voter aux prochaines élections municipales. Gênés, les responsables des bureaux ont dû leur expliquer que dans le royaume, elles n’avaient pas le droit de vote. La scène a été discrètement filmée par l’une d’entre elles.

La veille, premier jour de l'enregistrement des électeurs, des dizaines de femmes avaient tenté le même coup dans les centres d’inscription de Jeddah, la Mecque, Khobar et Najrane.
 
Suite à cette mobilisation, les autorités du royaume ont été contraintes de réaffirmer, le 28 avril, que les femmes ne seraient pas autorisées à voter lors des élections municipales, arguant que la commission électorale n’était "pas prête" à recueillir leur vote. Le même jour, une militante féministe saoudienne déposait plainte contre le gouvernement pour avoir dénié aux femmes le droit de se faire enregistrer sur les listes électorales.
Les élections municipales du 22 septembre prochain sont le deuxième scrutin de l’histoire de l’Arabie saoudite. Lors du premier, en 2005, les Saoudiens avaient élu la moitié des 178 conseillers municipaux du pays, l'autre moitié étant désignée par le pouvoir.

En Arabie saoudite, pays dont les lois s'inspirent d'une version rigoriste de l'islam, les femmes n’ont pas le droit de voyager sans l'autorisation d'un tuteur, elles ne peuvent pas conduire et sont placées en position d'infériorité par rapport aux hommes en cas de divorce ou d'héritage.
 
Sur cetté vidéo, un groupe de femmes entre dans un des centres d'enregistrement de Riyad pour s'inscrire sur les listes électorales. Les hommes leur signifient poliment que ce n'est pas possible. Les femmes rétorquent que cette interdiction de voter n'est pas dans la loi.
 

"C’est bien que vous soyez venues", nous a dit un homme présent dans le bureau

Nuha fait partie du groupe de femmes qui s’est déplacé au bureau électoral de Riyad pour demander son inscription sur les listes. Elle a créé le groupe Facebook "Saudi Women Revolution" pour populariser sa cause. 
 
Nous avons organisé cette action via Twitter et Facebook. Nous nous attendions toutes à un refus, mais les choses se sont passées un peu différemment selon les villes. A Khobar, deux femmes ont tellement insisté qu’elles ont réussi à convaincre les hommes de les laisser écrire leurs noms sur le registre même si, bien sûr, quelques jours plus tard, le centre a fait savoir que cette inscription n’avait aucune valeur. Dans un autre centre d’inscription, au contraire, les femmes ont été dispersées par la police et deux d’entre elles ont passé plusieurs heures au poste.
 
"Le problème n'est pas la préparation, les autorités ont eu six ans pour s’organiser"
 
C’est presque drôle que les autorités répondent en prétendant qu'elles ne sont pas prêtes. Déjà, lors des élections en 2005, elles nous avaient promis que l’on voterait lors des suivantes. Le problème n'est pas la préparation, les autorités ont eu six ans pour s'organiser. Selon le discours officiel, il est compliqué d’organiser des élections dans un pays où les hommes et les femmes ne sont pas censés se mélanger. C’est un argument absurde, les élections ont lieu dans les écoles, des bâtiments qui sont déjà divisés entre garçons et filles.
 
Quand nous étions au centre, nous avons insisté sur le fait qu’aucune loi écrite ne nous interdisait de voter [la loi électorale saoudienne accorde le droit de vote à "tous les citoyens", NDLR]. C’est exactement la même chose pour l’interdiction de conduire. Ces interdicts sont entrés dans la pratique courante mais quand vous demandez au nom de quoi vous ne pouvez pas faire telle ou telle chose, on vous répond : "On en parlera plus tard".
 
"Nous ne demandons pas, pour l’instant, l’égalité totale entre les sexes"
 
Aujourd’hui, nous cherchons à obtenir les droits de bases qui nous permettront de ne plus être considérées comme des enfants. Nous ne demandons pas, pour l’instant, l’égalité totale entre les sexes, mais simplement le droit de vote, le droit de se déplacer librement et la fin du système du tuteur masculin [un système qui place, dès leur naissance, les femmes sous l’autorité légale d’un homme].
 
A la fin des années 1950, le roi Fayçal avait décidé d’ouvrir des écoles pour filles, alors que beaucoup de gens étaient contre. Il l’a fait parce qu’il savait que c’était juste. On peine à imaginer un tel geste aujourd’hui. En plus, cette fois-ci, le pays est prêt. Mon mari, les hommes de ma famille me soutiennent. Même l’homme que l’on voit sur la vidéo a été très aimable. Il était, certes très surpris, mais il a fini par nous dire : "C’est bien que vous soyez venues. Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement ne fait pas avancer les choses."
 
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.