Jeunes manifestants à Daraa dimanche dernier. Capture d'écran d'une vidéo publiée sur Facebook.
 
Depuis vendredi dernier, la tension est à son comble entre la jeunesse et les forces de l’ordre dans la région de Daraa située à 120 km au sud de Damas. Pour cause, 15 élèves âgés de 13 à 15 ans sont détenus par la police depuis près d’un mois pour avoir écrit sur des murs des slogans anti-régime qu’ils avaient entendus à la télévision. Notre Observateur nous fait part des affrontements dans cette province reculée du sud-ouest de la Syrie.
 
La Syrie est un pays de 22 millions d’habitants situé au Proche-Orient. Le pouvoir est concentré entre les mains de la famille Al Assad depuis 1970, date d’accession au pouvoir de Hafez Al Assad suite à un coup d’Etat. A sa mort, en 2000, il est remplacé par son fils Bachar Al Assad. Depuis le 15 mars 2011, le régime fait face à une contestation sans précédent, suite à un appel à la révolution lancé sur Facebook.
 
A l’image de la Tunisie où le mouvement de contestation est venu d’une province reculée, Sidi Bouzid, c’est dans la province de Daraa que la mobilisation syrienne se cristallise. La ville de Daraa (Capitale de la Province de Daraa), fief de la révolte des jeunes, compte plus de 75 000 habitants et se situe près de la frontière avec la Jordanie, le Liban et Israël.

"Ils réclament la libération de leurs camarades, la levée de l’état d’urgence, la fin de la corruption, la démission du gouverneur…"

Ayman Al Aswad est professeur de mathématiques dans la ville de Daraa. Il a 47 ans et participe aux rassemblements dans la mosquée Al Omari. Il y a 3 ans, il a été muté sur un poste administratif de son école de sorte à être éloigné des élèves, à cause de ses positions anti-régimes.
 
Cela fait maintenant 3 jours que les jeunes manifestent, malgré la loi d’urgence en vigueur depuis 1963 . A l’origine, ils demandaient la libération de quinze élèves âgés de 11 à 13 ans emprisonnés depuis près d’un mois pour avoir retranscrit sur des murs des slogans anti-régime qu’ils avaient entendus à la télé, tel que "le peuple veut la fin du régime".
 
Vendredi dernier, des milliers de jeunes ont décidé d’aller protester à l’hôtel de ville, mais ils ont été accueillis par des gaz lacrymogènes et des fumigènes. Ensuite, les policiers ont tiré à balles réelles, faisant 2 morts et des dizaines de blessés. De retour de la manifestation, les protestataires se sont regroupés dans la cour de la Mosquée Al Omari, qui s’est rapidement imposée comme épicentre de la contestation. Les manifestants ont fait preuve de solidarité, ils soignaient eux-mêmes des blessés et les transportaient sur leurs bicyclettes jusqu’à la mosquée faisant également office d’hôpital.
Manifestants transportant un jeune tué par balle à Daraa. Vidéo publiée sur Youtube.
 
Samedi, les obsèques des deux martyrs de la veille ont attiré plus de 10 000 personnes. C’était impressionnant. Les manifestants, fort de leur nombre, sont de nouveau partis pour manifester devant l’hôtel de ville. Cette fois, ils réclamaient en plus de la libération de leurs camarades, la levée de l’état d’urgence, la fin de la corruption, le limogeage du gouverneur de la province et du chef de la police, et ils dénonçaient le monopole exercé par un cousin du président sur le secteur de la téléphonie mobile. La répression est devenue plus violente, les gaz lacrymogènes étaient plus toxiques. Beaucoup de gens sont venus se faire soigner dans la mosquée, mais il n’y avait pas de moyens.
 
Bénévoles prennant en charge un bléssé dans l'enceinte de la mosquée Al Omari. Vidéo publié sur Youtube.
 
Dimanche, les tensions sont montées d’un cran. Les manifestants ont de nouveau quitté Daraa avec toujours les mêmes ambitions : protester devant l’hôtel de ville. Ils ont été rejoints par les habitants de villages voisins. Ensemble, ils ont brisé le cordon de sécurité des policiers. Les différents groupes se sont alors dirigés vers l’hôtel de ville. Ils ont brulés tous les symboles de la violence qui se trouvaient sur leur passage : le palais de justice dont le premier étage était occupé par les forces de l’ordre, une compagnie de téléphone portable appartenant à Rami Makhlouf, cousin du président, ainsi que le jardin la voiture et la résidence du gouverneur.
Manifestation de dimanche à Daraa. Vidéo publiée sur Youtube.
 
Dans une tentative d’apaisement, le président syrien, Bachar Al Assad, a démis de ses fonctions le gouverneur de la Province de Daraa, conformément aux attentes des manifestants. En début de soirée, un camion de police a libéré une dizaine d’enfants devant la mosquée. On s’est par la suite aperçu qu’il ne s’agissait pas des enfants qui ont été arrêtés y a un mois, mais plutôt d’autres jeunes qui avaient été interpellés lors des manifestations de ces derniers jours. La Télévision syrienne a par la suite confirmé que seuls les enfants ayant été disculpés avaient été libérés.
 
Aujourd’hui, la ville est toujours sous haute tension. Les forces de sécurité locales, l’armée, la police centrale de Damas et des agents en civil maintiennent une présence importante dans toute la ville. Ils ont bloqué tous les accès. Le seul espace de liberté est la mosquée Al Omari. Les jeunes veulent continuer à manifester, car ce qu’ils veulent c’est la liberté totale !"
 
 
Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou Sawaneh, Journaliste à France24.