Observateurs
Familles de Touaregs fuyant les révolte en Libye. Photo publiée sur le site de l'ONG AP-IMIDIWAN.
 
La crise politique qui secoue la Libye depuis le 17 février 2011 a poussé des milliers d’étrangers à fuir le pays. Après le rapatriement des ressortissants occidentaux, asiatiques et arabes, c’est au tour des Touaregs installés en Libye de s'organiser pour retourner sur leur terre natale. Notre observateur au Niger accueille ces "hommes du désert" après leur long périple. 
 
Alors que certains jeunes Touaregs ont choisi de quitter le Mali et le Niger pour combattre l’insurrection aux côtés de Kadhafi comme mercenaires, des dizaines de tribus, installées en Libye, se sont organisées pour faire le chemin inverse et rentrer chez eux.
 
A la date du 10 mars, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), 2 205 personnes étaient arrivées au Niger, dont 1 865 Nigériens. Les Nations unies estiment que quelque 60 000 autres personnes venant de Libye pourraient entrer au Niger dans les semaines qui viennent.
 
Les Touaregs sont un peuple de Berbères nomades qu’on retrouve dans la partie centrale du Sahara. Ils sont répartis entre l’Algérie, le Mali, le Niger, la Libye et le Burkina Faso. Suite aux tentatives d’assimilation de la part des autorités locales malienne et nigérienne, des rébellions touaregs ont éclaté dans les années 1990 et 2000, conduisant nombre d’entre eux à l’exode vers l’Algérie et la Libye.

"Ils n’ont plus les moyens d’assurer leur subsistance en Libye"

Assan Midal est guide touareg dans le désert du Sahel. Il est actuellement à Agadez, la ville la plus importante du nord du Niger. Il travaille pour l’ONG nigérienne AP Imidiwan chargée d’assister les familles touaregs qui ont pris le chemin du retour.
 
Nous avons accueilli une première vague de Touaregs le 13 mars. Il y avait 1 006 personnes provenant pour l’essentiel de la région de Sebha. La grande majorité des migrants étaient des touaregs originaires du Niger mais ils étaient aussi accompagnés de 200 réfugiés libyens qui ont fait le choix de quitter leur pays. Le convoi était composé de quinze camions qui transportaient près de soicx personnes chacun.
 
Touaregs regroupés devant le centre d'acceuil d'Agadez. Photo publiée sur la page Facebook "Assistances Aux Familles Touaregs fuyant la Libye"
 
Distribution d'une ration alimentaire à des Touaregs. Photo publiée sur la page Facebook "Assistances Aux Familles Touaregs fuyant la Libye"
 
  
Avec la crise que traverse actuellement le pays, la vie est devenue très chère en Libye et la plupart des familles touaregs qui s’étaient sédentarisées dans la région désertique de Sebha n’arrive plus à joindre les deux bouts. L’économie est paralysée. Eux qui n’exerçaient que des petits boulots : nettoyage, petit commerce, boulanger ont tous perdu leur emploi. Ils n’ont plus les moyens d’assurer leur subsistance et donc reviennent à la maison avant que la situation n’empire.
 
Le voyage dure environ une semaine. Il est payant pour la plupart, mais certains sont pris en charge par des ONG. Les voyageurs sont transportés dans des camions qui roulent à 40 km/h à cause des surcharges et de la mauvaise qualité des routes. Ils prennent avec eux tout ce qu’ils peuvent : des matelas, des lits, des ustensiles et toutes sortes d’objet. Des passagers nous ont raconté qu’un camion s’était renversé pendant le trajet.
 
Touaregs lors du trajet de Sebha à Agadez. Photo publiée sur la page Facebook "Assistances Aux Familles Touaregs fuyant la Libye"
  
La plupart des personnes que nous recevons ne prennent pas position sur le conflit actuel en Libye. D’ailleurs, ils sont très peu informés sur ce qu’il se passe au nord, en Libye. Ce qui les inquiètent, c’est de ne plus pouvoir travailler. Mais même s’ils refusent de s’exprimer, on sait que beaucoup admirent Kadhafi car les leaders des rébellions touaregs sont acquis à la cause du colonel Kadhafi [après les rebellions de 1990 et 2000, le dirigeant libyen a joué le rôle de médiateur entre les tribus et les gouvernements locaux].
 
Pourtant, Kadhafi n’a rien fait de particulier pour eux. S’il les avait réellement soutenus, ces gens-là ne vivraient pas dans des conditions aussi précaires en Libye. Kadhafi s’est contenté d’acheter la conscience des leaders de la rébellion et de se positionner en tant que défenseur de la cause touareg.

A leur arrivée à Agadez, nous leur proposons notre assistance. Nous avons peu de moyens, mais l’essentiel est là : de l’électricité et de l’eau. Nous leur distribuons des rations alimentaires et hébergeons les plus démunis, notamment ceux qui n’ont pas de famille au Niger. Notre centre d’accueil a pris en charge trois familles, soit vingt-cinq personnes. A l’heure actuelle, six personnes sont toujours là, dont un enfant qui est hospitalisé. Les autres ont retrouvé leurs familles. Nos correspondants à Dirkou (ville du nord-est du Niger) nous ont dit que d’autres vagues de migrants étaient en route pour Agadez. Nous les attendons. "
 
Camions transportant des bagages et des Touaregs de retour de Libye. Photo publiée sur la page Facebook "Assistances Aux Familles Touaregs fuyant la Libye"
Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou Sawaneh, journaliste à France 24.