Observateurs
Image extraite de la vidéo filmée par Lookman, Observateur à France 24. 
 
La circulation dans la commune de Yopougon, à Abidjan, est depuis trois jours filtrée par des "comités d’autodéfense" formés par les Jeunes patriotes, fidèles à Laurent Gbagbo. Notre Observateur sur place affirme que ces barrages, au départ mis en place pour bloquer les convois de la mission des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), servent aujourd’hui à traquer les opposants au président sortant.
 
Dans un discours prononcé devant 3 000 personnes, le 25 février, le chef des Jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, a appelé ses troupes à "s’organiser en comités" pour empêcher "par tous les moyens" la force de l’ONU de circuler, expliquant qu’"aujourd’hui, ce ne sont pas les rebelles qui font la guerre, c’est l’Onuci qui nous la fait".
 
Les tensions entre l’Onuci et le camp Gbagbo, qui réclame le départ de l'organisation depuis décembre, sont montées d’un cran ces derniers jours. Le gouvernement Gbagbo accuse l’Onuci de "complicité" avec Alassane Ouattara, président ivoirien reconnu par la communauté internationale. Pour la première fois, les soldats de la force onusienne ont échangé des tirs avec les Forces de défense et de sécurité (FDS), dans la nuit de samedi à dimanche à Abidjan.
 
 

"J'ai vu de mes yeux un homme se faire battre à mort simplement parce qu’il portait des amulettes"

Lookman est un habitant de la commune abidjanaise de Yopougon. Il a filmé cette vidéo dans le quartier pro-Gbagbo des Toits Rouges, à Yopougon, dimanche 27 février.
 
Charles Blé Goudé a demandé à ses partisans de s’organiser en comités pour traquer les soldats de l’ONU. En réalité, il visait tous les 'assaillants', les opposants au camp de Laurent Gbagbo. Les jeunes des quartiers, supervisés par les Jeunes patriotes, l’ont pris au mot. Yopougon est depuis quadrillée par des barrages filtrants tenus par des jeunes qui font leur loi. 

 
 
À chaque barrage, les jeunes vérifient les cartes d’identité des conducteurs et des piétons. Ceux qui ne sont pas du quartier n’ont pas le droit de passer. Comme on le voit sur la vidéo [0, 29 secondes], certains payent un bakchich pour pouvoir continuer leur route. Mais, le plus souvent, ils exigent tout de même de fouiller les voitures de fond en comble. S’ils y trouvent des objets qu’ils considèrent suspects, tel un couteau, alors cela dégénère.
 
Les jeunes que j’ai vus n’étaient pas armés [selon les agences de presse, certains de ces jeunes sont armés de gourdins et de machettes]. Mais c’est là le plus terrifiant : j’ai vu de mes yeux un homme se faire battre à mort simplement parce qu’il portait des amulettes [les amulettes sont des objets traditionnels que portaient les rebelles des Forces nouvelles (FN) lors de la première crise ivoirienne entre 2002 et 2007. L’ex-rébellion FN soutient aujourd’hui Alassane Ouattara. Les agences de presse n'ont pas encore dressé de bilan officiel des heurts survenus la semaine dernière, mais des témoins ont fait état d'affrontements très meurtriers, et de corps de civils abandonnés les rues de la capitale économique].
 
"Tout ce qui représente la partie adverse est devenue la cible des Jeunes patriotes"
 
Cette vidéo a été filmée par un Observateur de France 24, dans le quartier de Port-Bouët 2, à Abidjan, dimanche 27 février. 
 
La tension est réellement montée d’un cran vendredi dernier à Yopougon. Des jeunes militants du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix [RHDP, coalition qui soutient Alassane Ouattara] ont incendié un bus de la société des transports abidjanais Sotra, symbole de l’autorité de Laurent Gbagbo. En représailles, plusieurs gbakas [des taxis-minibus traditionnellement conduits par des chauffeurs dioulas, ethnie d’Alassane Ouattara] ont été saccagés par la brigade anti-émeute, contrôlée par Gbagbo. Un peu plus tard dans la journée, une mosquée du quartier Yopougon-Sideci a été la cible de Jeunes patriotes [les Ivoiriens de confession musulmane sont généralement originaires du nord du pays, favorable à Alassane Ouattara].
 
La mosquée du quartier Youpougon-Sideci a été incendiée vendredi 25 février. Photo prise par notre Observateur Ibrail5. 
 
Depuis deux jours, le trafic est complètement bloqué dans le quartier, les magasins sont fermés et les militants RHDP de Yopougon n’osent plus sortir de chez eux. Dehors, on ne voit que des hommes armés dans des 4x4. Il règne ici une atmosphère de guerre civile."
 
Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à France 24.