Observateurs
Des policiers déployés dans le Sichuan. Photo postée sur le site d’information Boxun, le 20 février 2011.
 
Dimanche 20 février, quelques manifestants ont défié le pouvoir dans plusieurs villes de Chine, lors de rassemblements s’inspirant de la Révolution de jasmin en Tunisie. Face à eux, un dispositif policier efficace avait été déployé qui a étouffé très vite la mobilisation.
 
En quelques jours, un appel à suivre l’exemple de la Tunisie et de l’Égypte en manifestant pacifiquement dans 13 villes du pays a fait le tour de l’Internet chinois. La riposte des autorités n'a pas tardé. Très vite, les termes "jasmin", "Égypte", "Révolution", "démocratie", ont été censurés sur les moteurs de recherche et sites de micro-blogging locaux. Depuis samedi, une quinzaine d'avocats et de militants en faveur des droits de l'Homme ne sont par ailleurs plus joignables. Selon les activistes, ces personnes ont été placées en détention provisoire.
 
Ces intimidations n’ont pas empêché quelques internautes déterminés de se retrouver le 20 février à partir de 14 heures. Ils n'étaient qu'une poignée à Shanghai, mais une centaine à Pékin. Ces manifestants ont été cueillis peu après leur arrivée par des policiers et plusieurs arrestations ont eu lieu.
 
Le lendemain, la presse officielle chinoise se moquait des "quelques agités" qui n’avaient pas réussi à imiter la Révolution du jasmin, car une révolution en Chine est " impossible ".
 

"Ce sont les révolutions en Tunisie et en Égypte qui nous inspirent. Je souhaite qu’une révolution de cette ampleur se déroule en Chine".

Mister Zhao vit à Pékin.
 
J’ai participé à la manifestation qui a eu lieu dimanche à Pékin. Comme d’autres, c’est grâce au site d’information Boxun que j’ai été mis au courant. L’Internet est censuré, mais j’utilise des logiciels pour contourner la censure, qu’on appelle ici le "Great Firewall" ["Grande Muraille informatique"].
 
Je pense que nous étions quelques milliers de personnes à un carrefour [les agences parlent d'une centaine] qui connaît une grande affluence le week-end. Il y avait des policiers en uniforme, mais également des policiers en civil. Au début, la manifestation a été très calme, il n’y avait ni slogan ni pancarte. Puis des heurts ont éclaté entre policiers et manifestants. J’étais trop loin pour voir ce qui se passait car l’attroupement a attiré de nombreux passants. La situation est devenue chaotique au milieu de la foule. J’ai entendu que plusieurs personnes avaient été arrêtées.
 
Des manifestants rassemblés à Pékin. Photo postée sur le site d’information Boxun, le 20 février 2011.
Ce sont les révolutions en Tunisie et en Égypte qui nous inspirent. C’est d’ailleurs pour cela que nous appelons à une "Révolution du jasmin" en Chine. Je souhaite d’ailleurs qu’une révolution de cette ampleur se déroule en Chine. Je souhaite l’avènement de la démocratie dans mon pays car il est temps de mettre fin au parti unique. Je n’ai pas eu peur de descendre dans la rue car j’ai une soixantaine d’années. Que peut-il m’arriver ? Qu’ils me mettent en prison ? Je n’ai pas grand-chose à perdre.

Si d’autres manifestations comme celles de ce week-end sont de nouveau programmées, je me joindrai une fois encore aux manifestants."
 
 
Billet rédigé en collaboration avec Cécile Loial, journaliste.