En à peine une semaine, 5.000 clandestins tunisiens ont débarqué sur l’île italienne de Lampedusa. Un exode qui peut étonner en cette période de transition politique porteuse d’espoir pour les Tunisiens.
 
138 kilomètres séparent la pointe la plus au nord de la Tunisie de l’île italienne de Lampedusa. Cette zone maritime a toujours été très surveillée par la police tunisienne, mais depuis la chute du régime de Ben Ali, les contrôles se sont extrêmement relâchés.

"Moi j’essaie d’expliquer aux candidats au départ qu’il ne fait pas forcément mieux vivre en France"

Sirine est une française qui habite Zarzis, une ville touristique du sud du pays.
 
Zarzis s’est vidée de sa jeunesse ces dernières semaines. Les terrasses de café sont désertées, on voit très peu de jeunes dans la rue. Tous n’ont qu’un seul objectif : profiter de l’absence de contrôle pour partir en Italie.
 
J’habite à 300 mètres de la plage qui est, avec le port, l’un des deux points de départ pour immigrer clandestinement en Italie. Ce qu’on voit sur la vidéo, ces gens qui montent par dizaines dans des camions pour aller prendre un bateau pour l’Italie, je l’ai vu en bas de chez moi.
 
Des candidats à l'immigration s'entassent à l'arrière d'un camion qui part pour le port.
 
"Les quelques militaires ne font rien pour arrêter cet exode car ils ont peur de se mettre la population à dos"
 
Avant, les immigrés clandestins passaient par la Libye. Maintenant, ils partent directement d’ici. Les capitaines des bateaux vous demandent 2.000 dinars [1036 euros] pour le voyage. Il n’y a presque plus de police ici et les quelques militaires présents dans la ville ne font rien pour arrêter cet exode, alors que cela se passe sous leurs yeux, car ils ont peur de se mettre la population à dos.
 
Ici, à Zarzis, il y a depuis toujours cette obsession du rêve européen. Beaucoup de membres de la famille de mon mari sont déjà partis. Pourtant ils ne souffraient ni de la misère, ni du chômage.
 
Moi j’essaie d’expliquer aux candidats au départ qu’il ne fait pas forcément mieux vivre en France, là où ils veulent tous aller. Mais ils ne voient que le salaire. Ils se disent que même s’ils gagnent 1500 euros à Paris, c’est toujours 10 fois plus qu’ici. Ils ne se rendent pas compte du coût de la vie dans l’héxagone."
 
Des organisateurs qui comptent l'argent remis par les candidats à l'immigration. La personne qui filme ironise "c'est le consulat d'Italie ici !" avant de demander à l'un des jeunes présents :"Tu as ramené l'argent, toi ?"

"Mon frère est parti, mais nous ne sommes pas tristes"

Sassiya Abdelkrim, 28 ans, est commerçante à Zarzis. Son frère est parti le 7 février pour Lampedusa.
 
Mon frère ne nous a appelés que juste avant de débarquer sur l’île de Lampedusa. Il était heureux, on entendait les chants des voyageurs qui l’accompagnaient. Nous étions pris de court, mais nous ne sommes pas tristes. Il aura une bonne situation là-bas.
 
Mon frère travaillait dans le secteur hôtelier à Djerba. Il avait un métier respectable mais, avec la révolution, les touristes ont boudé la Tunisie pour les vacances de fin d’année. Et il voyait ses amis partir de plus en plus nombreux vers l’Italie et ils l’encourageaient à les suivre.
 
A cause des récents événements, les jeunes se sentent libres de tout faire et ils veulent à rejoindre l’Europe pour y travailler et se former. C’est légitime."