Selon la personne qui a filmé cette vidéo, cet homme était du coté des partisans de Moubarak pendant les affrontements qui ont eu lieu hier au centre du Caire. Arrêté par des manifestants d’opposition hier soir, il a avoué devant sa caméra qu’il avait été payé par les autorités pour s’attaquer au cortège et crier "Vive Moubarak".
 

Une vidéo similaire a été tournée par un de nos contacts au Caire, Ramy Raoof. Et un autre de nos Observateurs, Ismail Iskandrani, affirme que des personnes auraient avoué avoir été payées pour semer le trouble dans les manifestations à Alexandrie.
 
Ces images ont été filmées hier soir par Mohamed Abd Elatty, journaliste freelance et blogueur au Caire. L’homme qui y témoigne affirme qu’on lui aurait proposé la somme de 5000 livres égyptiennes (621 euros) pour intégrer les milices qui ont participé aux affrontements de mercredi sur la place Tahrir.
 
En Égypte, des milices connues sous le nom de "baltgia", formées de jeunes recrutés dans les quartiers pauvres, seraient parfois utilisées par les services de sécurité pour mater les manifestations. Selon certains analystes, ces baltgias serviraient ici à semer le chaos pour préparer une possible intervention des autorités pour rétablir l’ordre. 
 
Des policiers en civil sont également présents dans les rangs des émeutiers. L’organisation Human Rights Watch a confirmé hier que des cartes de police avaient été retrouvées sur plusieurs personnes habillées en civil et impliquées dans des pillages au Caire et à Alexandrie.

"Je pense qu’il a accepté que je le filme pour attendrir les gens"

Mohamed Abd Elatty est journaliste freelance et blogueur au Caire. C'est lui qui a filmé ces aveux.
 
Hier, quand la foule arrêtait les pro-Moubarak qui l'attaquaient, elle les désarmait et les remettait aux soldats qui se trouvaient à proximité. Dans la soirée, je me suis approché d’un groupe de manifestants qui avait arrêté une bande de "baltgias". L’armée était un peu plus loin. J’en ai profité pour demander aux "pro-Moubarak" si l’un d’entre eux était prêt à témoigner, car beaucoup de rumeurs circulaient sur l’identité et les motivations de ces personnes. Ce jeune homme a été le seul à accepter.
 
Il m’a raconté qu’il venait d’Alexandrie et qu’il avait été arrêté - par erreur selon lui - pour une histoire de trafic de drogue. Un responsable de la police serait venu le voir dans le centre de détention où il était, avec une trentaine d’autres prisonniers, avant qu’il soit jugé. Il leur aurait proposé 5000 livres égyptiennes [621 euros] s’ils acceptaient de participer aux manifestations pro-Moubarak au Caire, en semant le désordre dans les rangs des anti-Moubarak. Contrairement aux autres personnes qui étaient avec lui hier, il n’avait pas de carte d’identité sur lui, ce qui accrédite la thèse selon laquelle c’était un prisonnier. Par ailleurs, au début de l’interview, il dit venir d’Alexandrie. Et à l’heure actuelle, les transports entre les grandes villes sont tellement perturbés qu’il n’a pu venir que par un véhicule officiel au Caire. D’ailleurs, beaucoup des manifestants pro-Moubarak qui ont été arrêtés n’étaient pas Cairotes et étaient sans emploi. On peut se demander comment ils ont fait pour se retrouver sur la place Tahrir ?
 
C’est vrai qu’un tel passage aux aveux peut étonner. Je pense qu’il a essayé d’attendrir les gens en disant qu’il venait d’une famille pauvre, que sa mère était morte et que c’est ce qui l’avait poussé à accepter cette proposition. Il espérait que son auditoire renoncerait à le remettre aux mains des militaires. Car depuis quelques jours, le bruit court que les vandales qui sont livrés à l’armée seront traduits devant une cour martiale. Il s’agit d’une rumeur et aucune loi ne le prévoit, mais visiblement ce jeune homme était au courant et voulait éviter cela à tout prix."
 
Trois cartes de militants du parti national démocrate (en vert), le parti d’Hosni Moubarak, retrouvées sur les partisans du président qui ont participé à la manifestation. Photo posté sur Flickr