Une manifestante au Caire, la capitale, brandit une pancarte "Parlement truqué". Postée sur Flickr par Monasosh.
 
Les Égyptiennes semblent parfois noyées dans le flot d’hommes qui manifestent, mais elles aussi participent au soulèvement en cours. Et comme les médias semblent les oublier, plusieurs pages Facebook se sont montées pour leur rendre hommage.
 
"Les femmes manifestent aux côtés des hommes et appellent, comme eux, à plus de justice, d’égalité et de démocratie", a déclaré Nawal el-Saadawi, écrivaine et féministe renommée en Égypte. 
Pourtant sur le Toile, les internautes déplorent le peu d’attention que les médias accordent aux manifestantes. Pour compenser, les photos de femmes révoltées circulent donc sur les réseaux sociaux et des milliers de "tweets" chantent leurs louanges. Un groupe Facebook a été créé pour mettre en valeur la participation active de ces "Femmes d’Égypte" ("Women of Egypt"). Un groupe destiné "à tous ceux qui se demandent où sont les Égyptiennes !"
 
Une manifestante harangue la foule à coups de slogans anti-Moubarak. Postée sur la page Facebook Women of Egypt.
 

"Ce qui est nouveau, c’est qu’il y a des femmes âgées mais aussi des femmes portant le hijab"

Rowand Helmii est étudiante au Caire, la capitale égyptienne.
 
Sur les images que l’on voit à la télévision, il y a surtout des hommes, mais les médias ne montrent qu’une partie infime des manifestations. Chaque jour, plus de femmes descendent dans la rue et se joignent aux cortèges. Actuellement, je suis sur la place Tahrir [dans le centre-ville du Caire] et je peux vous dire que je ne suis pas toute seule.
 
La participation des femmes aux manifestations en Égypte ne date pas d’hier mais ce qui est différent, cette fois-ci, c’est que toutes les classes d’âge et tous les milieux sont mobilisés. Il y a des femmes âgées mais aussi des femmes portant le hijab. Il ne s’agit pas d’un mouvement limité à la frange jeune et libérale du pays.
 
Une manifestante en niqab porte une pancarte "Non à la vandalisme !" Postée sur Flickr par Monasosh.
 
Les femmes ont beau être moins nombreuses, elles sont sur tous les fronts. Certaines sont en tête de cortège, d’autres s’occupent de soigner les blessés [certaines s’occupent même des contrôles d’identité, ndlr]. Nous sommes aussi utiles et importantes que les hommes. Nous n’avons aucune demande spécifique, nos revendications sont des revendications citoyennes. Nous nous battons tous et toutes pour la même chose, pour que Moubarak s’en aille et qu’il soit jugé pour ses actes."
 
Une manifestante au Caire. Postée sur Flickr par Monasosh.

"Depuis que la police est partie, les femmes sont beaucoup plus à l'aise pour manifester"

Mohamed D. vit au Caire.
 
Il y a énormément de femmes dans les manifestations. Elles sont en général plus présentes dans la journée que le soir. En tout cas au début du mouvement, car maintenant on les croise même une fois la nuit tombée.
 
La semaine dernière, une amie m’a même dit : ‘C’est la première fois que je passe une journée entière au Caire sans me faire harceler’. Ces derniers jours, l’atmosphère est plus sûre pour elles et la raison principale, c’est que la police a quitté la ville. Les policiers en civil étaient réputés pour leur fâcheuse tendance à harceler les femmes dans les cortèges [les policiers sont revenus lundi au Caire, mais ne s’occupent que de la circulation]. Maintenant que l’armée a repris les choses en main, elles sont beaucoup plus à l’aise. J’ai un groupe d’amies qui se sont organisées pour fabriquer ensemble leurs pancartes et qui sont descendues entre femmes dans la rue.
 
Et même si certaines pouvaient être dérangées par le fait de manifester aux côtés des Frères musulmans [mouvement d’opposition islamiste qui prône, entre autres, l’instauration de la charia et qui manifeste aussi contre le régime de Hosni Moubarak, ndlr], ces manifestations ont l’avantage d’être peu politisées. Personne ne brandit de bannière politique. Donc vous ne savez simplement pas de quel bord sont les personnes qui vous prêtent leur bouteille d’eau dans le cortège. C’est aussi ce qui fait la force de ce mouvement. "
 
 
Une manifestante aide à nettoyer les rues après une manifestation. Postée sur Flickr par Ramy Raoof.
 
 
Même les plus jeunes s’y mettent. Celle-ci chantait "Liberté. Liberté" dans les bras d’un militaire, le 30 janvier dans les rues du Caire. Postée sur Flickr par Ramy Raoof.
 
Dans la majorité des cas, les hommes constituent  le gros des cortèges comme ici au Caire, le 27 janvier. Postée sur Flickr par Ramy Raoof.
 
Postée sur YouTube par usernameandword.
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.