Le marché d'Adjamé à Abidjan en 2009. 
 
Parmi les nombreuses conséquences de la crise politique ivoirienne, la hausse des prix des denrées alimentaires est probablement celle qui affecte le plus les Ivoiriens. Et quand les ménagères n’arrivent plus à remplir leur panier, il faut bien trouver des astuces.
 
La situation est toujours aussi tendue dans les rues d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Jeudi, plusieurs véhicules des Nations unies ont été pris pour cible par des partisans de Laurent Gbagbo. Le président sortant, qui refuse de quitter le pouvoir, est actuellement sous la menace d'une opération militaire de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao). De son côté, le président reconnu par la communauté internationale, Alassane Dramane Ouattara, vient de nommer son ambassadeur en France.
 
Pendant ce temps, sur les étals des marchés d’Abidjan, les prix montent en flèche et les habitants, dont le salaire moyen est de 300 euros, se serrent plus que jamais la ceinture.

"Les vendeurs de butane vendent sur réservation"

Moumouny vit à Abidjan.
 
À cause de la pénurie, les revendeurs de gaz butane pratiquent maintenant la vente sur réservation. Il faut payer à l’avance et déposer sa bouteille vide au vendeur. Et ensuite vous n’avez plus qu’à espérer que la livraison se fasse rapidement. Les files d’attentes sont inimaginables, à tel point que les gens réservent aussi leur place dans la queue à l’avance. "
 

"Les cuisinières utilisent des os de bœuf pour donner un goût de viande à la pitance du soir"

Eloi D. est étudiant en géographie. Il vit dans la commune de Yopougon, à Abidjan.
 
On doit trouver des astuces au quotidien. Par exemple, le coût de la viande étant trop élevé, les ménagères se servent d’os de bœuf pour donner un goût de viande à la pitance du soir. Par ailleurs, avant, on pouvait se permettre d’acheter des tomates, des aubergines ou des gombos. Maintenant, on achète des feuilles [de manioc ou de ndolé, ndlr]. C’est beaucoup moins cher et ça permet de faire un peu illusion dans les plats.
 
"La dernière fois que je suis passé par le port, il n’y avait qu’un bateau à quai"
 
Contre toute attente, les quartiers chics sont aussi touchés par la pénurie car leurs supermarchés étaient majoritairement alimentés par des produits importés. Et comme le port d’Abidjan ne fonctionne quasiment plus, ils n’ont plus rien dans leur rayons. La dernière fois que je suis passé par le port, il n’y avait qu’un bateau.
 
Les marchandises qui viennent des pays voisins sont le plus souvent bloquées à Bouaké [zone contrôlée par l'ex-rébellion des Forces nouvelles, groupe armé qui soutient Alassane Ouattara]. Comparé à ici, là-bas, c’est l’abondance. Mais les commerçants du Nord n’arrivent plus à gagner leur vie. Le ralentissement des échanges entre le Nord et le Sud est dommageable pour tout le monde."
 

"Le prix du kilo de sucre a doublé"

Lanciné Touré, journaliste, vit dans la commune de Cocody, un quartier résidentiel d’Abidjan.

Je fais les courses pour ma famille. Nous sommes quatre. Avant on dépensait 5 000 francs CFA [7 euros] par semaine, maintenant c’est 8 000 francs CFA minimum [12 euros]. Le kilo de sucre qui était à 1 000 francs CFA [1,5 euro] a doublé, le kilo de riz est passé de 350 à 600 francs CFA [0,5 à 0,9 euro].

Pour le moment, on ne mange pas moins qu’avant, mais c’est clair qu’on met de plus en plus d’argent dans la 'popote' et on ne va pas tenir longtemps à ce rythme. Et puis même quand on a un peu d’argent sur son compte, la plupart des guichets automatiques sont fermés.

"Toute tentative de revendication de la part du peuple est perçue comme une prise de position politique"

Le problème, c’est que si vous demandez quelque chose, on associe cela à une prise de position politique pour tel ou tel candidat. Et la situation est tellement tendue que ça peut très vite se retourner contre vous."
Billet écrit en collaboration avec Ségolène Malterre, journaliste à France 24.