Observateurs
Des partisans de Laurent Gbagbo le jour de son investiture, le 7 décembre.
 
Laurent Gbagbo, bien que désavoué par la communauté internationale, peut toujours compter sur des militants déterminés.
 
Laurent Gbagbo refuse de reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara, pourtant acquise "avec une nette avance", selon l'envoyé spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire, Choi Young-jin. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a exigé de Laurent Gbagbo qu’il se plie aux résultats des urnes. Hier, le président Barack Obama a par ailleurs formellement mis en garde le président sortant contre un "isolement accru" s'il s'accrochait au pouvoir.
 
Malgré cela, mardi, Laurent Gbagbo a formé un gouvernement de combat dans lequel il a placé ses fidèles à des postes stratégiques.
 
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"Choi a qualifié de 'crédibles' uniquement quelques observateurs blancs européens"

LZ vit à Abidjan.
 
Il y a eu de fraudes déjà pendant le premier tour, mais les gens sont quand même allés au deuxième tour. Maintenant au deuxième tour, les droits de l'Homme ont encore été sérieusement violés.
 
Des observateurs crédibles ont fait cas d’entraves graves au bon déroulement du scrutin. Tous ces observateurs sont passés à la RTI [télévision d’État] et on a présenté leurs rapports. Tous ont dit à peu prés la même chose, citant les mêmes villes. Ce sont ces plaintes qui ont été légalement déposées par le camp Gbagbo, dans le délai de trois jours, aux institutions compétentes. Ce sont ces plaintes qui ont mené à la disqualification de ces votes.
 
Choi [le représentant des Nations unies en Côte d'Ivoire] a parlé d''observateurs crédibles' [qui ont validé le bon déroulement du scrutin]. Les gens sont insensés, car Choi a qualifié de 'crédibles' uniquement quelques observateurs blancs européens. Il ne tient pas compte des avis des observateurs africains, qui n’ont pourtant à ma connaissance aucun lien avec Gbagbo. Il faut écouter les déclarations faites à la RTI par certains avocats ivoiriens.

"Ces votes ne sont pas légaux"
 
Il faut savoir que, selon la Constitution ivoirienne, la tâche de la commission électorale était de déposer - et d'annoncer - des résultats provisoires au Conseil constitutionnel. Cette commission devait annoncer ces résultats depuis son siège en présence de tous ses membres.
 
Hors à notre grande surprise, elle a annoncé des résultats définitifs à partir de l'Hôtel du Golf, lus par son président. Les autres membres de la dite commission disent ils n'étaient pas au courant ! Ces résultats ne sont pas légaux, car lus dans le mauvais endroit par la mauvaise personne. Ainsi Gbagbo a pour moi été investi au palais présidentiel par le Conseil constitutionnel.
 
Et moi je ne pourrais jamais soutenir un président dont les supporters sont prompts à la violence. N'oubliez pas que certaines régions sont occupées par des rebelles en armes et pourtant aucune ambassade (France, États-Unis, etc.), ni Choi, n’en parlent. Comment avoir un vote transparent et libre sous les fusils."

"Je soutiens Gbagbo, mais je pense qu’il doit accepter les mises en garde de Barack Obama et quitter le pouvoir"

Kate (pseudonyme) est, depuis un an, une jeune militante du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo. Elle vit dans un quartier aisé d’Abidjan.
 
Nous, les militants de Gbagbo, nous ne manifestons pas car notre candidat est déjà au pouvoir. Moi, je reste discrète sur mes convictions quand je suis dans la rue, mais d’autres militants du FPI n’hésitent pas toutefois à interpeller les gens dans les rues en disant 'Laurent Gbagbo reste au pouvoir !' Cela crée des tensions car les partisans d’Alassane Ouattara déclarent qu’eux aussi ont gagné. Je n’ai pas peur, mais je ne suis pas très rassurée non plus.
 
"Dans mon quartier, les partisans de chaque candidat se réunissent chaque jour pour analyser la situation"
 
Aujourd’hui, tout le monde doit se parler. Je sais que ce n’est pas le cas dans les quartiers pauvres. Mais dans mon quartier, les partisans de chaque candidat se réunissent chaque jour pour analyser la situation. Dans ces réunions, l’ambiance est électrique, il y a des tensions, chacun veut défendre ses convictions. Mais on arrive à discuter car on se respecte. C’est clair que si vous vous retrouvez devant une personne du camp opposé et que vous lui lancez des injures, cela va dégénérer. Il nous faut apprendre à discuter dans le calme.
 
La Radio-Télévision ivoirienne (RTI) a diffusé des images de rebelles des Forces nouvelles qui forçaient des gens à voter pour leur candidat. Ces images m’ont choquée et déçue car des fraudes comme celles-ci ne sont pas acceptables lors d’élections démocratiques.
 
"Nous aimons tous notre pays, mais on n’a pas envie de le voir se déchirer"
 
Même si Laurent Gbagbo a été élu président, je pense pourtant qu’il doit accepter les mises en garde de Barack Obama et quitter le pouvoir. L’intérêt d’un président doit être de s’occuper de son peuple. Avec toutes les menaces qui planent sur le pays, il vaut mieux qu’il s’en aille. Je sais que mon point de vue est minoritaire parmi les militants du FPI. D’ailleurs, certains m’ont accusé d’être passée du côté d’Alassane Ouattara. Je suis pourtant toujours une militante pro-Gbagbo. C’est un homme bien, j’apprécie sa volonté et sa manière de faire. Mais je pense qu’il doit d’abord penser à son pays.
 
Nous aimons tous notre pays, mais nous n’avons pas envie de le voir se déchirer."