La vague de froid précoce qui balaie l'Europe a relancé le débat sur l'accueil en hiver des sans domicile fixe (SDF), qui seraient au nombre de 100 000 en France. Notre Observatrice, une travailleuse sociale, s’étonne que, comme chaque année, on ne se rappelle qu’en hiver que des SDF meurent dans nos rues. 
 
Les températures sont descendues au-dessous de zéro en journée un peu partout en France. Le ministère de la Défense a réagi en débloquant jeudi 900 places pour les sans-abris dans des bâtiments militaires dans le cadre du plan "Grand Froid". A Paris, la municipalité a par ailleurs annoncé l’ouverture de 3 gymnases (sur les 6 qui peuvent être mobilisés) pour accueillir les SDF, en complément des centres d’hébergement privés qui existent.

"Cela n'a aucun sens de ne penser aux SDF qu'en hiver"

Cecile Rocca est salariée du collectif "Les morts de la rue".
 
Le rôle de notre association est de faire en sorte que les personnes mortes dans la rue aient des funérailles dignes et d’accompagner leurs proches dans le deuil - sans distinction sociale, raciale ou religieuse. Nous travaillons aussi à sensibiliser la société sur le problème des morts dans la rue, car il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit. Nous recensons chaque décès : depuis le 1er janvier 2010, 316 personnes sans domicile sont décédées en France, aussi bien en hiver qu’en été. Ce n’est absolument pas un problème lié au climat, mais plutôt à la rudesse des conditions de vie dans la rue.
 
Chaque hiver, les gens se mettent tout à coup de nouveau à penser aux SDF. Dès les premiers jours de froid, les médias publient des décomptes des sans-abri retrouvés morts dehors, et les autorités déploient les mêmes "mesures d’urgence" que les hivers précédents. Cela n’a aucun sens. Les décès liés au froid ne représentent qu’une minuscule minorité parmi les morts de la rue.
 
La vie dans la rue est dangereuse, difficile, et met la santé de spersonnes concernées à rude épreuve. Les morts violentes sont fréquentes, simplement parce que les SDF n’ont pas de porte à fermer pour se protéger contre les agressions. Sinon, il s’agit de morts soudaines, dues par exemple à des crises cardiaques ou des ruptures d’anévrisme. L’espérance de vie dans la rue est de 50 ans (contre 80 pour le reste de la population). Evidemment, il faut protéger les sans-abri du froid. Mais il ne faut pas les oublier le reste de l’année, quand les foyers d’urgence ferment leurs portes. Le vrai problème est le manque de moyens et de volonté politique pour mettre en œuvre des solutions de réinsertion à long terme."

Visages de la rue

Samir Azri, qui signe ses photos du pseudonyme de Tatif, est employé à la mairie d’Ivry-sur-Seine. Il a publié une très belle série de photos sur Flickr intitulée “Le Peuple de la Rue” pour donner à voir la misère qui nous entoure au quotidien.