Observateurs
Un homme pendu au balcon d'un immeuble, en Arabie saoudite. Vidéo postée sur youtube par tradalasmar.
 
Cette vidéo qui circule sur le Net met le doigt sur un sujet tabou en Arabie saoudite : des citoyens du riche État pétrolier qui se suicident pour échapper à une existence misérable.
 
Les responsables saoudiens préfèrent imputer les raisons de ces suicides à des troubles psychologiques ou à un manque de piété. Mais certains journaux osent aborder les causes réelles de ces drames. Une centaine d’articles traitant de ce sujet ont ainsi été rassemblés sur le blog de notre Observateur.
 
Attention, ces images peuvent choquer.
 

"Pour lutter contre la pauvreté, l’Arabie saoudite n’a pas besoin d’argent, mais d’idées"

 
 Trad Al Asmari est un blogueur et un militant saoudien des droits de l’Homme. Il a tourné un court-métrage sur la pauvreté en Arabie saoudite et a reçu, en avril dernier, le "prix RSF du public" du concours des "Best of Blogs".
 
Dans notre société, on dit souvent que si la personne qui s’est suicidée avait été réellement croyante, elle ne serait pas passée à l’acte; mais je n’adhère pas à cette explication. Pour moi, il est urgent de parler de ce problème car les responsables politiques n’en parlent pas. En Arabie saoudite, il n’y a pas de statistiques fiables concernant le nombre de chômeurs ou de personnes vivant sous le seuil de pauvreté…
 
Chez nous, c’est le ministère des Affaires sociales qui s’occupe de la pauvreté. Malheureusement, les aides ne dépassent pas les 700 ou 800 riyals par personne [environ 150 euros] et celles-ci ne sont délivrées qu’aux familles qui n’ont aucune ressource. Or les cas de suicides touchent le plus souvent les petits fonctionnaires, dont les salaires ne dépassent pas les 1000 ou 1200 riyals [180 ou 200 euros]. C’est le salaire que touchent par exemple les agents de police qui sont plus de 100 000. C’est ridicule dans un pays où la visite médicale coûte près de 500 riyals ! De plus, les foyers saoudiens comptent en moyenne sept ou huit membres, qui vivent tous avec un seul salaire. Ajoutez à cela le coût du loyer, car 65 % des Saoudiens, selon les chiffres officiels, ne sont pas propriétaires de leur habitation. La notion de salaire minimum n’existe pas non plus dans mon pays, à cause du nombre important de travailleurs étrangers qui y vivent - près de 9 millions.
 
Le ministre saoudien des Affaires sociales avait déclaré une fois que, pour lutter contre la pauvreté, l’Arabie saoudite n’avait pas besoin d’argent, mais d’idées. Je pense que c’est vrai. La question de la pauvreté constitue davantage pour moi un problème social qu’économique. Il faut trouver des solutions qui correspondent au modèle de la société saoudienne et ne pas importer des solutions économiques telles quelles de l’étranger. Ouvrir davantage les possibilités aux femmes d’intégrer la vie professionnelle serait une des solutions; ainsi les pères de famille n’auraient plus à assumer tout seuls la charge d’une famille nombreuse.
 
 
"Il m’aurait été très difficile, il y a quelques années, de parler de ce sujet sur mon blog en toute liberté"
 
J’ai lancé un groupe de réflexion baptisé "Initiative nationale de solidarité intellectuelle" pour trouver des idées afin de lutter contre la pauvreté. Il y a un vent nouveau qui souffle sur l’Arabie saoudite et qui incite les intellectuels à œuvrer dans le sens des réformes sociales. Il m’aurait été très difficile, il y a quelques années, de parler de ce sujet sur mon blog en toute liberté."

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.