Dans la vallée du Sind, septembre 2010.
 
Trois mois après le début des inondations au Pakistan, 21 millions de personnes sont sans-abris et le niveau des eaux est peu descendu dans certaines régions. Notre Observateur est parti un mois là-bas pour aider. Il en revient avec le sentiment que les Français sont déjà passés à autre chose.
 
Les inondations au Pakistan sont "la pire catastrophe naturelle à laquelle les Nations unies ont dû faire face depuis sa création, il y a 65 ans" avait déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon en préparation d'une réunion de crise en septembre. Selon les dernières estimations, ces inondations auraient fait  9.7 milliards d'euros de dégâts. Et le risque de voir les habitants désespérés se tourner vers Ben Laden inquiète les spécialistes.
 
Alors que les eaux se sont retirées depuis plusieurs semaines du nord et du centre du pays, les agences humanitaires sont particulièrement préoccupées par la persistance d'inondations dans la province méridionale du Sind, dans la basse vallée de l'Indus. Notre Observateur en revient.

"À partir du moment où il n’y a pas de grand évènement et que ça dure longtemps, les Français oublient."

François Colson est ingénieur spécialisé dans le traitement des eaux, il est parti bénévolement installer des stations d’eau potable dans les régions les plus touchées par les inondations au Pakistan.
 
En France, c’est hallucinant à quel point plus personne ne pense aux 21 millions de sans-abris suite aux inondations au Pakistan. À partir du moment où il n’y a pas de grand évènement et que ça dure longtemps, les Français oublient. Aux dernières nouvelles, les eaux s’évacuent très lentement de la vallée du Sind mais l’inondation est là depuis 3 mois. Les gens ont perdu leur maison, leur récolte ainsi que leur semence. La situation alimentaire va donc devenir catastrophique car la vallée du Sind est un grenier pour tout le continent.
 
J’étais en vacances dans le sud de la France quand on m’a appelé pour me proposer de décoller une semaine plus tard pour le Pakistan. Je suis parti avec 6 tonnes de matériel dans un avion français volant sous les couleurs de l’Otan. Sur place, si nous avons pu être efficaces, c'est grâce à l'UNICEF qui est très bien organisé.J’ai fait de nombreux voyages en Inde mais j’avais un peu peur du Pakistan. Sa réputation est celle d’un pays en guerre possédant l’arme nucléaire, un foyer pour les Taliban. Mais une fois dans l’action, on oublie. Nous étions en permanence escortés par 5 policiers et nous n’avons jamais été menacés. À un seul moment, au Balouchistan, nous avons senti que les hommes qui nous protégeaient étaient étaient nerveux car nous sommes passés tout près d’une zone de tension entre les Taliban et les forces de l’OTAN. Mais il faut quand même signaler que pendant notre séjour, dix Occidentaux ont été enlevés et exécutés à bout portant.
 
Dans la vallée du Sind, septembre 2010.
  
Je suis resté un mois pendant lequel avec deux jeunes collègues, nous avons installé trois stations d’eau potable. J’ai évidemment été marqué par les paysages dévastés. Il n’y avait pas un nuage mais de l’eau partout jusqu’à l’horizon. De l’eau partout mais aucune eau potable. Et nous sommes vraiment tombés des nues car nous étions quasiment les seuls secouristes à leur venir en aide. Il y avait des tentes et de la nourriture pour les sinistrés. C’est tout.
 
Les Pakistanais sont pris en étau
 
Les Pakistanais sont très pacifiques et profondément gentils. Ils savent que leur gouvernement n’est pas fiable et que les Taliban n’oeuvrent pas pour eux. Ils sont pris dans un étau. C’est un pays qui a un grand potentiel et une immense culture mais ces inondations sont le fruit du mal qui le ronge : la corruption. Les infrastructures en souffrent directement car les digues ont rompu suite à un manque d’entretien. 
Une des trois stations d'eau potable installée par notre Observateur.
 
Pendant que nous montions nos pompes et que nous formions ceux qui vont les entretenir pour bien filtrer l’eau, nous étions l’attraction. Je me sentais désolé pour les enfants qui n’ont aucun moment pour jouer. Je plains surtout les petites filles à qui on risque de mettre un capuchon sur la tête à partir de 13 ans. La Burqa ne concerne qu'une minorité de femmes mais reste  très présente, encore plus dans les campagnes profondes qu’en ville. Les femmes sont vraiment peu valorisées et c’est un euphémisme.
 
 
Photos prises et publiées avec l'aimable autorisation de François Colson.
Billet rédigé avec la collaboration de Paul Larrouturou, journaliste.