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Postée sur Flickr par @lesruesdirak. Église Sainte-Marie de la Délivrance à Bagdad.
 
La prise d’otages de dimanche dans une église de Bagdad a tourné au bain de sang. Dans un climat sécuritaire instable, les chrétiens payent le prix fort et désertent de plus en plus la capitale irakienne.
 
À la veille de la Toussaint et en plein milieu de la messe, treize terroristes se revendiquant du mouvement de "l’État islamique d’Irak" se sont introduits dans l’église du Salut, située dans le quartier chrétien de Kerrada à Bagdad, et ont pris en otage une centaine de fidèles et tué deux des prêtres qui y officiaient. Les forces irakiennes, soutenues par leurs homologues américains, ont alors mené un raid sur l’église. Au total, 53 policiers et otages ont trouvé la mort et 67 autres ont été blessés dans l’assaut. Cinq terroristes ont également été tués et huit arrêtés. Ce n’est pas la première attaque terroriste contre l’église du Salut de Bagdad, mais c’est la plus meurtrière.

"Au-delà des problèmes de sécurité, il y a beaucoup de pression sur notre communauté"

Mayssam est un chrétien de Bagdad qui travaille dans les médias.
 
Les événements de dimanche viennent s’ajouter à la longue liste d’attaques qui visent depuis 2003 la communauté chrétienne en Irak. Ces derniers sont encore majoritaires dans certains quartiers de la ville, comme Kerrada, Zayyouna ou Kam Sara. Mais le climat d’insécurité dans lequel baigne la ville a déjà poussé bon nombre d’entre eux à quitter la capitale, voire le pays. Beaucoup sont partis au Canada ou aux États-Unis.
 
Pour ceux qui restent en Irak, c’est l’exode vers le Nord du pays. Les chrétiens d’Irak sont en effet pour la plupart originaires des régions de Mossoul et de Kirkouk, dans le nord de l’Irak. Ils sont venus s’installer à Bagdad à la recherche d’un travail mais, avec les risques que cela représente aujourd’hui, beaucoup décident de repartir vivre au sein de leur famille. Au-delà des problèmes de sécurité, il y a de nombreuses pression sur notre communauté, qui ne peut plus pratiquer ses rites en toute liberté. Au mois d’avril dernier, par exemple, nous avons été empêchés de célébrer publiquement la fête de Pâques parce qu’elle coïncidait avec une fête musulmane.
 
 
Notre gouvernement actuel est trop faible pour nous assurer un minimum de sécurité. L’absence totale de protection lors de la messe de dimanche, à la veille d’une fête chrétienne importante, en est un exemple criant. Si cela continue, les chrétiens finiront par déserter complètement le pays. Je ne vous cache pas que moi-même, malgré mes contraintes professionnelles et la précarité de mes conditions matérielles, je songe sérieusement à quitter l’Irak dans les prochains mois pour immigrer vers les États-Unis. "
 
Ce billet a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.