Observateurs

Mardi 12 octobre devant le lycée Pierre de Coubertin à Meaux.

Suite de notre série de témoignages sur le mouvement de contestation concernant la réforme des retraites en France : notre Observateur a filmé l'agression d'un policier qui évacuait le blocus d'un lycée à Meaux le 12 octobre.

Que vous soyez syndicaliste, lycéen, étudiant, retraité, militant, pour ou contre ces grèves ; vous avez des photos, vidéos et témoignages à faire passer ? Contactez-nous par mail plarrouturou@france24.com

"Ces affrontements contre la police sont aberrants"

Notre observateur a filmé avec son téléphone portable les affrontements entre les lycéens et les policiers.

Le 12 octobre, un blocus de l'établissement a été mis en place vers 8h30 par des lycéens à l'aide de poubelles et de barrières. Pour ceux qui voulaient quand même aller en cours, on avait fait attention à bien laisser ouverte une porte sur le côté. C'était donc un blocage filtrant.  Beaucoup de jeunes qui ne sont pas du lycée participaient à cette opération. Le proviseur a alors appelé les policiers qui sont venus en nombre du commissariat voisin. J'ai compté sept ou huit voitures de police.


Les policiers ont commencé par nous observer. Le proviseur leur a ensuite expressément demandé de nous déloger. À la base, ce n'était pas du tout violent. Mais certains se sont rebellés quand les policiers ont commencé à arracher les barrières. Un jeune s'est même précipité pour pousser un policier, puis il s'est mis à courir vers moi.

Mardi 12 octobre devant le lycée Pierre de Coubertin à Meaux. Vidéo prise et publiée sur le compte YouTube de notre Observateur.

J'ai alors arrêté de filmer avec mon téléphone et j'ai détalé aussi pour éviter les policiers qui venaient vers moi. Le jeune en pull blanc courait très vite. À ma connaissance, il est parvenu à échapper aux forces de l'ordre. Les policiers ont juste été bousculés. Mais je ne trouve vraiment pas que ce soit normal.

Le lendemain, mercredi 13 octobre, on a organisé une marche en faisant le tour des lycées de Meaux. On a avancé en cortège en essayant de rallier à nous les lycéens de Baudelaire et Jean Vilar. Mais les policiers ne les ont pas laissés sortir de leurs établissements. Au lycée Jean Villar par exemple, ils n'ont même pas eu le droit de sortir pendant la récréation, soit-disant pour leur sécurité...

Hier, jeudi 14 octobre, c’était la guerre. On a, à nouveau, fait une marche pour rallier les lycées alentours. Nous devions être au moins 300. La police tentait par tous les moyens de nous barrer la route dans Meaux. Nous nous sommes faufilés en passant par les petits chemins résidentiels pour atteindre la gare. Et là, au grand carrefour du lycée et de la gare, on a tout bloqué, même la nationale 3.


Après, on a fait une longue marche vers le lycée Jean Vilar puis Baudelaire. Devant le lycée Baudelaire, tout était fermé. On a attendu une grosse demi-heure, en chantant, en criant des slogans, en utilisant des fumigènes. La police a fini par vouloir nous faire reculer. Certains jeunes ont alors commencé à jeter des cailloux. Entre manifestants, il y a eu des rackets violents et des bagarres. Je n'ai pas osé sortir mon téléphone pour filmer ça. Je suis parti, ça devenait dangereux.

Les policiers n’ont pas beaucoup tiré au flash-ball. Ils essayaient juste de nous repousser. Ces affrontements contre la police sont aberrants. Il ne faut pas tout casser, ni se battre entre manifestants, ça n'aide vraiment pas à faire bouger les choses.

Ce billet a été rédigé en collaboration avec Paul Larrouturou, journaliste.