La tension est à son comble depuis dimanche entre le Japon et la Chine. Pékin a rompu ses relations diplomatiques avec Tokyo et des manifestations anti-japonaises ont eu lieu dans de nombreuses villes chinoises.

Cette récente hausse de la tension entre les deux pays découle de la collision entre un chalutier chinois et deux patrouilleurs de la Garde côtière japonaise, le 7 septembre, au large des îles Senkaku-Diaoyu, en mer de Chine orientale, revendiquées par les deux capitales. Les 14 Chinois composant l'équipage du navire de pêche ont été libérés la semaine dernière, mais la détention du capitaine pour un nouvel interrogatoire - en vue d'éventuelles poursuites - a ravivé les sentiments anti-nippons, toujours bien présents en Chine. Pékin a menacé Tokyo de "fortes mesures de rétorsion" et a annoncé la suspension des contacts de haut niveau avec le Japon.

Plusieurs manifestations anti-japonaises ont été organisées à travers la Chine depuis l'incident. Samedi, de petits groupes de manifestants ont défilé à Pékin, Shanghai, Hong Kong et Shenyang, une ville du nord du pays, pour commémorer le début de l'invasion de la Chine par le Japon, en 1931 - un traumatisme historique qui a profondément marqué et distendu les liens entre les deux voisins. Bien que le Japon ait appelé au calme et exhorté la Chine à ne pas laisser l'incident ruiner leur relation, les sentiments anti-japonais en Chine semblent difficiles à apaiser. Notre Observateur à Shanghai nous explique pourquoi.

 

Le 8 septembre, des dizaines de personnes ont manifesté devant l'ambassade du Japon à Pékin en brandissant le drapeau chinois et en chantant l'hymne national. Vidéo postée par Pouilleprod sur YouTube.

"Nous ne protestons pas seulement à cause d'un malentendu maritime, mais parce que nous ne voulons plus vivre humiliés"

Aideen Li est webmaster au sein d’une société chinoise. Il vit et travaille à Shangai.

Le ressentiment des Chinois à l’égard des Japonais est directement lié à l’histoire. Les Japonais ont tué, violé et massacré le peuple chinois [lors de l'invasion de la Mandchourie, en 1931, NDLR] mais ils continuent d’enseigner aux nouvelles générations qu’ils ont simplement tenté de nous aider.

Contrairement au gouvernement allemand qui s’est excusé et a fait preuve d’humilité après les erreurs des nazis, le gouvernement et le peuple japonais n’ont jamais reconnu leurs erreurs, ils les ont même niées. Comme ils ne se sont pas excusés du mal qu’ils ont fait au peuple chinois, nous ne sommes pas en mesure d’aller de l’avant, d’avoir des relations saines avec eux.

C’est un problème de dignité. Nous la valorisons plus que notre vie. Si les Japonais s’étaient excusés pour les erreurs qu'ils ont commises dans le passé, je pense que les Chinois auraient oublié ce difficile passage de l’histoire depuis longtemps. Aujourd’hui, nous ne protestons pas seulement parce qu’il continue d’exister un malentendu sur les frontières maritimes entre nos deux pays. Nous manifestons surtout parce que nous ne voulons plus vivre humiliés.

Je n’irais pas dans la rue parce que je ne crois pas que ce soit rationnel du tout. Je suis certain que nos relations peuvent s’améliorer mais, pour cela, il est primordial que les Japonais admettent le passé, montrent leur tristesse pour les horreurs qu’ils ont commises contre le peuple chinois. Là seulement, les Chinois seront plus sereins et pourront entamer de vraies conversations avec les Japonais.

Photos des manifestations devant l'ambassade du Japon à Pékin, le 8 septembre

Devant l'ambassade du Japon à Pékin, les manifestants font le signe "滚" ("Dégagez") et crient : "Les îles Diaoyu appartiennent à la Chine !"

 

 

Toutes ces photos ont été initialement postées par NGO IFeng (une association chinoise pour "défendre les îles Diaoyu") sur son site.